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 Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan}

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Dive Storm-Thacker
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Mer 25 Mai - 8:39

Les gens qui courent après les autres ne sont que des imbéciles. Des idiots acceptant de renoncer à ce à quoi ils tiennent pour faire un geste qui les plongera peut-être dans des ennuis dénués de fin. Dans son existence, le garçon n’avait que rarement été rattraper quelqu’un. Sauf dans quelques cas, à cause de la peur de l’abandon ou juste par colère, pour hurler ses sentiments dans la figure de la personne. Ennemis, amours. Courir après les autres est dangereux. L’on arrive souvent à un point où l’on ne peut rattraper l’être que l’on désire trouver et où repartir est impossible car le chemin d’où l’on vient est devenu flou, inexistant. A aucun moment le surveillant ne fit attention au fait qu’Ethan lui avait crié de revenir. Son cerveau était incapable d’imaginer que quelqu’un puisse avoir un quelconque besoin de demander sa présence. Encore moins un individu qu’il avait blessé à cause de son inexpérience, de son incapacité à contrôler son caractère violent et incompréhensible. Et pourtant, quelques instants plus tard, il était de retour dans la pièce, à attendre une raison, qu’on lui explique pourquoi, parce que sa baguette n’était qu’une excuse au final, il avait besoin de revenir, de faire demi-tour, de ne pas fuir, encore une fois.

Son regard glissa sur les différentes blessures de son aîné. De sa cheville au reste. Quelqu’un qui est habitué à se battre décèle facilement ce genre de détails. Cela n’avait rien de juste, l’autre était trop vieux pour se prendre des coups ainsi. La pensée, un brin gamine, lui vint à ce moment là et le calma un peu. Il était vrai que les adversaires du jeune homme étaient généralement des adolescents, des mômes arrogants qui se croyaient dotés de tous les droits alors qu’en fait, leur esprit était vide et emprisonné par de lourdes chaînes. Ce n’était pas spécialement que Dive aimait leur faire la morale. Mais détruire leur foutue façon de considérer le monde ne lui déplaisait pas. Et puis, casser un bras ou frapper quelqu’un jusqu’à l’inconscience, ça fait toujours de l’effet. Il ne disposait pas d’autres moyens pour essayer de faire comprendre à ses gosses qu’ils ne seraient jamais rien que des pions dans le système de la rue. Et la plupart recommençaient, comme des moutons suivant sagement le troupeau pour se jeter dans un ravin. Ca le faisait chier. Affronter des adultes était différent. Ils étaient plus précis et eux, ils désiraient tuer plus que blesser, souvent. Cela ne le dérangeait pas. Mettre sa vie en danger n’était pas inhabituel dans son existence après tout. Sauf que, globalement, il avait l’impression que ça lui apportait moins. Ce n’était sans doute qu’une illusion. Les détails étaient les détails. Des grains de poussière pouvant détruire la machine mais que l’on observe en se disant qu’ils ne valent pas grand-chose.

Comme ces gouttes de sang sur le sol. Leur bruit échappa au jeune homme mais pas leur vue. La couleur. Ce rouge un brin sombre. Avec les années, Dive était capable de reconnaître la teinte entre milles. Un éclat mauvais s’ancra dans son regard. Il était étrange qu’une blessure à la paume résulte du sort qu’il avait lancé. Techniquement, Ethan n’était pas tombé de cette façon. Son corps avait heurté des obstacles, certes, mais pas ceux là. Aucun ne pouvant amener quelque chose comme ça. Au lieu de le faire remarquer, celui qui avait des allures de punk passa de nouveau sa langue sur son poing, en silence. Sans compter que son aîné se mit alors à s’exprimer et que l’interrompre aurait été malvenu. Surtout dans sa situation.

Pourtant, conserver le silence lui demanda un certain effort. Ce n’était pas de sa faute si des répliques bien cinglantes lui traversaient le crâne tandis que les mots de l’autre le heurtaient, encore et encore. Cette fois, il planta carrément ses dents sur ses jointures ensanglantées. Pas la meilleure méthode, certes. Cependant, c’était la seule qu’il ait sous la main. Ethan devait sans nul doute commencer à s’habituer à le voir se blesser dès qu’il se mettait en colère donc cela allait finir par ne plus paraître étrange. Pour Dive, cela était une sorte d’automatisme et, par conséquent, il était incapable de s’en préoccuper.

Cela le blessait, d’être traité comme adulte se comportant comme un môme. Bien que ça soit assez proche de la vérité. Le surveillant se considérait encore comme un adolescent après tout. Affronter les choses. La formulation lui donna envie de donner un coup de pied dans quelque chose et ses dents acceptèrent, enfin, de lâcher son poing. Il faut dire qu’il avait réussi à déchirer la chair à force d’appuyer. Bah, ce n’était pas un drame. Contrairement à un os cassé, ça guérissait encore assez rapidement. Son problème était qu’il affrontait ce qui l’entourait de la mauvaise manière. Sa langue glissa une dernière fois sur son poing puis sa main retomba le long de son corps. Sous le coup de la surprise, sans doute. A aucun instant, la terreur ne se serait attendue à ce que le professeur lui dise qu’il n’était pas coupable.

On l’avait sous-estimé ? Comme au sein d’un combat ? Faisant rapidement le lien mentalement, Dive réalisa que son absence de connaissances dans le domaine magique le rendait novice, comme lorsqu’il était môme et qu’on le frappait à cause de son regard doré. A l’époque, il n’avait réussi à s’en sortir qu’en s’entraînant, et en se prenant des coups. Et, étrangement, de fil en aiguille, le jeune homme eut soudainement une bien meilleure compréhension de ce qui s’était passé, des erreurs que l’on pouvait faire pour progresser. Après tout, avant d’avoir une bonne technique, il n’avait essuyé pratiquement que des défaites. Et puis, du jour où tout était devenu une évidence, la victoire était apparue comme une sorte de miracle. Ses traits se firent légèrement moins durs et, sans s’en rendre compte, il murmura quelque chose à propos de l’ironie. Une phrase toute simple n’ayant de sens que pour sa personne.

« Accio. »


Sa main encore entière, la droite, agrippa le bout de bois lorsqu’il arriva vers lui. Son ton avait été assez calme, peut-être teinté d’un voile de doute et de colère, mais rien en comparaison avec sa crise de quelques secondes plus tôt.

« Vous allez m’avoir sur l’dos un moment, l’temps que j’mémorise tout ça, m’sieur. »


Sa langue se tira à Ethan tandis qu’il se rapprochait de lui, même si, à la fin, il garda cinq bon mètres de distance. S’adossant à un bureau, pour éviter d’encore s’y asseoir, ce qui ne semblait visiblement pas correct, le surveillant garda un air méfiant mais moins agressif sur son visage. Sa posture, elle, démontrait encore un certain doute au sujet d’Ethan. Doute qui resterait sans doute plusieurs années avant qu’il n’ose s’approcher un peu plus. De toute manière, seul le présent comptait à cet instant.

« Vous êtes un bon prof’. Vous m’avez laissé le choix… En général, les vieux se contentent de gueuler d’obéir. »

Une grimace se dessina sur ses traits. Les compliments ce n’était pas franchement sa tasse de thé, d’autant qu’il cherchait juste à être sincère et que cela s’était mué en cette phrase débile. Au moins, il n’y avait eu que de l’honnêteté dans son ton et certainement pas une quelconque admiration. Le seul enseignant qu’il n’avait jamais admiré était son vieux et ça resterait comme ça.

« Vous vous êtes fait ça comment ? A la main j’veux dire. Ca peut pas v’nir du choc. La blessure correspond pas ! »

Cette curiosité presque enfantine qui l’habitait parfois le poussait à s’exprimer sans détour. A ne pas chercher le sens derrière ce qui avait pu être quelque chose que l’adulte s’était infligé lui-même. Ce qui lui paraissait dénué de sens. Les gens qui se blessaient le faisaient parce qu’ils allaient mal, ou que trouver les mots était trop complexe. L’autre semblait trop intelligent pour faire ça. Quoique… Etre malin n’aidait pas forcément à rester stable mentalement. Tout en songeant à quelqu’un qui avait presque perdu la tête à cause de son génie, il détourna son regard, juste une poignée de secondes. Ne pas y penser. C’était mieux ainsi.

« J’croyais qu’on pouvait pas faire d’la magie sans baguette, ‘Than ? »


Ce n’était pas un surnom. L’autre lui avait juste dit qu’il avait seulement à le vouvoyer. Cependant, dès qu’il se rendit compte des mots qui s’étaient échappés de ses lèvres, Dive se corrigea en marmonnant un ‘m’sieur’ qui se plaçait bien plus facilement dans la conversation. Un brin gêné, le surveillant dévia ses yeux vers le sol et se rendit compte que poing saignait. Ce qui était pénible. Calmement, il l’essuya du bout de la manche opposée de sa chemise blanche, qui semblait être torturée ce jour-là et n’y fit plus attention. L’envie de continuer la séance d’apprentissage lui était revenue et il était prêt à ne pas abandonner, cette fois. Tout du moins, jusqu’au prochain mauvais moment qui le traverserait forcément.
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Ethan McLorgan
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Dim 29 Mai - 10:29

Les blessures commencèrent à se refermer. C’était un peu comme un retour en arrière, le temps qui tournait à l’envers, les secondes se consumant en tournant dans le mauvais sens que celui de la pendule. Elles disparurent, une à une, seules les traces de sang marquaient encore qu’il y avait eu incidents. Il n’y avait plus de douleurs, même sa cheville était maintenant soulagée. Sa main gauche, elle, le laissait dans sa souffrance. L’entaille ne se refermerait qu’avec une plus forte potion, ou alors avec le temps. Ethan choisît la seconde solution, pour en garder la marque le plus longtemps possible et se rappeler. Se rappeler qu’à chaque minute, il frôlait l’échec cuisant avec Dive, rappel de sa propre faille dans l’éducation de Noah. C’était il y a encore quelques années de ça ; pourtant le souvenir avait tout autant de poids que le lendemain de la décision. Continuer et périr tous les deux, ou bien sauver leur semblant d’avenir encore incertain et saisir cette ‘chance’. La fraternité ou l’abandon ? Ethan, avait choisi l’abandon. Pour la première fois, et pas la dernière, il avait cédé et n’avait pensé qu’à lui. Le centre, c’était une option de facilité, pour lui ; Noah en baverait, sans son frère, il n’était plus qu’un orphelin. Jamais il ne voulait oublier, jamais, cette lâcheté, le regard plein de haine de son propre sang. L’entaille pouvait rester aussi longtemps qu’elle le voudrait. Il avait juste à espérer que pas même le professeur de Sortilèges et Enchantements, si l’intimité venait à nouveau frapper à leur porte, ne le dénonce. Sans ça, personne d’autre ne s’en rendrait compte.

Il fut tiré de ses pensées lorsque Dive, prenant la décision de se battre appela sa baguette qui lui revint dans les mains. Il avait du cran ce garçon finalement ; il suffisait simplement de le lui faire admettre. Certes ce n’était pas chose facile, mais peut-être qu’un jour prochain, Dive et Ethan deviendraient collègues, tous deux professeurs. Peut-être que le jeune sorcier se relèverait et déciderait de prendre sa propre vie en main, devenant un peu plus responsable. Le professeur ne s’emballa pas pour autant. Son esprit était encore un peu embrouillé par ses souvenirs qui revenaient de loin, traîtres, décidés à le déstabiliser. De toute sa vie, il n’avait jamais autant pensé à Noah, si ce n’était à la mort de leur mère, puis quand il avait fallu prendre en charge sa révolte contre l’injustice du monde, sa solitude forcée, et puis ce fameux jour où il passa le relai à quelqu’un d’autre. Son esprit n’avait aucun remord à le tromper, ça ne l’étonnait guère, lui-même en était capable. Au fond sa propre nature ne faisait que de se venger. Il acceptait son sort.

Le professeur, après avoir avalé sa fiole régénératrice, avait continué d’observer le môme du coin de l’œil. Le regarder, là, maintenant, ça avait quelque chose de trop redondant. Il l’avait vu encore se mutiler ; toujours ce même réflexe pénible. Lui ? Grandir ? Pas en quelques jours ou semaines ; pas même en quelques mois. Ça lui prendrait du temps, c’était certain. Et même si ça avait commencé, il se rapprocherait de son but le jour où il arrêterait de trouver cette stupide échappatoire en se mordant, se griffant et il ne savait jusqu’où stopper son imagination. Ce jour-là, il serait prêt à être adulte, pas avant. Il ne dît rien pourtant, il était là surtout pour lui apprendre la magie et l’aider à la contrôler. Le reste, même s’il ne voulait pas s’en laver les mains, c’était ce qu’il faisait pourtant. Du moins, là, pendant une minute, il s’en moqua. Il le savait trop pour se refuser de l’admettre ; si le garçon n’était pas revenu, il aurait fini par lui courir après, même si sa cheville ne le lui permettait pas. Il aurait couru pour le rattraper et le supplier de ne pas abandonner, ni ses efforts, ni lui-même. Ça avait probablement quelque chose de malsain tout ça : cette proximité qu’il ressentait parce que Noah avait été son échec le plus cuisant. Là, ce n’était pourtant pas son frère, c’était Dive dont le regard avait la même expression que l’autre, cet abandonné, ce trahi.

L’avoir sur le dos pendant un moment, même un long moment sans doute. C’était vrai. C’était d’autant plus exact que le surveillant consentait à se battre. Alors oui, la bataille commençait réellement et aussi incertaine qu’en été la victoire, elle cesserait que lorsque Dive le déciderait. Ethan se faisait son instrument. Il prendrait peut-être même goût à se faire punir ainsi par la jeunesse. Un châtiment, c’était sans doute ce qu’il méritait ; qu’il vienne du jeune sorcier n’était que justice rendue, il lui infligerait la douleur physique dont Noah ne lui laisserait jamais souffrir. Alors oui, cela prendrait du temps, Ethan le savait parfaitement, il en était conscient que réclamant son pardon, pour lui aussi la lutte serait dure, peut-être vaine. C’était une histoire qu’il se devait régler et bien que ne le sachant pas encore, il en donnait la responsabilité à la mauvaise personne.

Puis Dive se rapprocha, marquant toujours une certaine distance. Il s’adossa au bureau, ayant visiblement toujours en mémoire l’incident précédent et les feuilles qui avait volées, l’encre qui s’était renversée (bien que ça, il n’était pas censé le savoir). C’était raisonnable, et à la fois surprenant. La surprise fut encore plus grande lorsque ses lèvres s’ouvrir à nouveau, mais pour le complimenter.
Un bon professeur, lui ? Vraiment ? Il en doutait, maintenant. Ça ne lui arrivait jamais avant, le doute. Là, c’était la mauvaise journée, tout simplement. C’était ça ; peut-être qu’aujourd’hui il avait l’attitude d’un enseignant responsable et motivé pour donner un coup de pouce à cette décadente jeunesse. Demain, tout reviendrait à la normale, et au prochain cours, Dive s’en rendrait compte et abandonnerait. Finalement, tous deux se retrouveraient toujours au même point. Toujours tourné vers son armoire, sa tête se baissa, ses cheveux cachèrent un peu son visage. Il hésita, puis esquissa un léger sourire. Ses lèvres laissèrent s’échapper un presque inaudible « merci », comme un murmure que l’on rendait libre avec hésitations.

Et puis la question à laquelle il n’avait pas pensé. Il avait échoué, le surveillant s’était aperçu de l’entaille au creux de sa main. Surpris et en colère contre lui-même, il serrât le poing suffisamment fort pour que la douleur réapparaisse et que la blessure s’ouvre à nouveau. Un léger filet de sang coula alors et vint se perdre par gouttes sur le sol humide et moisi. Que devait-il faire ? Etre franc et laisser l’autre percevoir ses faiblesses ? Ou alors le prendre encore pour un imbécile et l’insulter par un piètre mensonge ? L’impasse ; son cerveau semblait incapable de réfléchir aussi rapidement que d’habitude. Non, il ne savait pas quoi dire. Au lieu de ça, son regard se posa quelque seconde sur sa main ensanglantée, puis à nouveau sur le contenu de son armoire. C’était comme si tout l’intérêt du monde se trouvait à présent dans le fond de ce meuble en bois. Comme si toutes les réponses s’y trouvaient et qu’y plonger son regard était la chose la plus importante à faire.
Et puis, sans tourner son regard pour croiser celui de Noah Dive ; il avoua, vaincu.

« Même les adultes ont leurs faiblesses, Dive. Vous êtes suffisamment intelligent pour le savoir n’est-ce pas ?! Et… vous êtes vous-même friand de cette facilité. »

Sa voix était basse, un peu éteinte. Il se croyait en confession en face du plus impressionnant des juges qu’il avait rencontré. Il était intimidé, se sentait coupable de sa faute, et s’en voulait. Il n’aurait jamais dû faire ça, il le savait. C’était trop tard pourtant pour y réfléchir. Il espérait seulement que son cadet ne le prendrait pas en exemple pour trouver une raison de continuer ses scarifications.

Sa voix d’ailleurs résonna dans sa tête comme un lointain appel. Le fond de son armoire n’avait plus rien d’exceptionnel, ce n’était plus que du bois, moisi également par endroit. Toute cette pièce l’était de toute façon ; lui-même, Ethan, avait quelque chose de vieilli, de détérioré. L’usure avec le temps, les souvenirs qui vous rongent, les mauvais choix qui s’accumulent, les nouveautés qui s’incrustent en se plantant avec douleur dans votre corps. Son cœur, c’était sans doute une passoire, et depuis son arrivée à Swelty, les trous se bouchaient de toutes parts. Il détestait cet endroit, un jour, il partirait, avant qu’il ne soit trop tard. Il le faudrait ou alors il se laisserait crever.
Une voix, des mots, des questions… il devait se reconcentrer sur son nouvel élève capricieux. L’indifférence le briserait encore et l’impulsivité le gagnerait ; ça serait fini. Il se tourna vers lui, depuis bien longtemps lui sembla-t-il.

« Votre magie est en vous, Dive. Je ne sais pas si cela vous est arrivé étant plus jeune, mais parfois elle intervient dans votre vie quand vous êtes en colère, triste ou que vous ressentez n’importe quel sentiment fort que vous ne pouvez pas exprimer encore, puisque toujours un enfant. Et puis, généralement cela disparait quand vous commencez à vous canaliser durant votre éducation. Il y a des sorts qui ne méritent pas de baguettes, et vous pouvez même apprendre à ne plus utiliser votre voix pour les prononcer. C’est plus difficile, mais pas impossible. Et de la même manière, il y a les potions, la divination, certains arrivent à se transformer sans l’usage de leur baguette. La magie est en vous. Et ayant établi un lien avec, elle vous répond, tout simplement. »

Puis son regard se posa sur son poing dont le sang se laissait voir. Il chercha dans son placard, à nouveau, pour une autre potion de guérison. Une fois qu’il en trouva une. Il s’approcha du bureau contre lequel était appuyé Dive, et étant suffisamment près de lui rapprocha sa tête et sur un ton de confidence :

« Avant de continuer, Dive, vous allez devoir prendre le choix de boire ou non cette potion. »

Et s’écartant à nouveau, allant refermer la double porte vitrée du meuble.

« Elle vous guérira de ces blessures que vous vous infligez depuis tout à l’heure. Les bleus et diverses marques que vous avez disparaitront également. Inutile de vous dire qu’en vous affaiblissant vous ne facilitez la tâche qu’à votre adversaire. C’est à vous de voir.»

Puis posant à nouveau son regard sur sa poing qu’il avait gardé serrer, il l’ouvrit, la sang coulant un peu plus fortement. Et pensif, pour lui …

« … au fond, ça ne sert à rien. »
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Dive Storm-Thacker
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Dim 29 Mai - 23:08

Sans doute que le garçon se posait moins de questions, que sa façon de voir le monde restait trop simple pour lui permettre d’atteindre ce qui se dessinait dans l’esprit de son aîné. Non, ce n’était pas exactement ça. Chaque individu possède ses propres secrets, sa façon de faire les choses. Il y a toujours des erreurs, des échecs. Essayer, qu’importe la méthode, est toujours mieux que de ne rien faire. Enfant, il avait vu les gens tout faire pour s’en sortir. Voler, agresser, détruire. Pleurer, essayer, travailler. Au final, quelque soit la route qu’ils prenaient, le résultat restait cette blessure béante dans leur cœur, piétiné par la société actuelle. Et les gamins qui remplaçaient ceux qui étaient déjà perdus ne valaient guère mieux. Toujours à se croire au-dessus des autres, à se prétendre plus malins. Sans s’en rendre compte, le surveillant traçait une limite claire entre lui et ces mômes inconscients et arrogants. Bien sûr, il ne se rendait pas compte que son comportement se rapprochait de plus en plus de celui d’un adulte regardant des gosses de haut. Cela l’aurait sans doute dégoûté moralement. Et, en même temps, il savait qu’il n’était guère mieux. Mais lui, au moins, essayait. Peut-être qu’il était plus chanceux que la moyenne. Après tout, posséder une famille avait aidé. Et à chaque fois que son esprit s’approchait de ce sujet, la généralité qu’il imposait à la chose le frappait de plein fouet. Ils n’étaient pas tous orphelins, pas tous en pièces, pas tous dénués d’amour. Chaque individu était un cas à part même si on le jugeait sur son comportement par rapport aux autres. Ethan ne lui inspirait pas une grande confiance, pourtant le jeune homme l’écoutait, il croyait ses paroles sans se poser de question. Quelle naïveté. Ce type aurait très bien pu être un monstre, un ennemi. Si c’était le cas, il ferait tout pour le détruire. C’était évident. Dive ne laissait personne se dresser sur sa route.

Leurs attitudes s’équilibraient pour ce cours improvisé. Cependant, en entendant le plus âgé le remercier, Dive réalisa que ce n’était sans doute pas le cas en permanence. Ils se sentaient obligés de faire des efforts, de ne pas se laisser aller à des comportements qu’ils employaient normalement dans ce type de situation. Etre capable de faire de son mieux. Cela lui donna un peu plus de respect envers le plus âgé. Même s’il n’était sans doute pas un professeur aussi compréhensif en général. Une fois de plus, le garçon lança et rattrapa sa baguette pour s’occuper. A un moment, en y mettant trop de force, le bout de bois heurta le plafond et fut dévié de sa trajectoire, retombant un peu plus loin. Pourtant, Dive parvint à le rattraper. Cela n’était pas spécialement un défi à ses yeux. Il lui avait suffit de passer par-dessus le bureau et de tendre la main. Rien de bien complexe. Escalader les choses étant cependant mal vu, et ça pouvait se comprendre, le gamin s’excusa en tirant la langue, passant sa main libre derrière sa nuque pour exprimer sa gêne. Sans compter que ses baskets avaient laissé des sublimes traces sur le bureau qui n’avait rien demandé. Bah, une bêtise de plus ou de moins…

Cela lui avait également permit d’esquiver la remarque de son aîné sur la mutilation, ce qui l’arrangeait. Lui ne considérait pas ça comme une facilité. Une faiblesse, certes, mais certainement pas quelque chose de simple. Il considérait ça comme un moyen de rester dans la réalité, de ne pas soudainement décrocher de ce qui se disait autour de lui. Et le rapport avec ses cinq années d’école chaotiques était évident. Son attention face à ce qui l’entourait était faible car n’ayant jamais été canalisée. Ses lèvres laissèrent passer une sorte de grognement peu sympathique. Ce qui ne l’empêcha pas de se calmer lorsque son aîné se mit à s’exprimer de nouveau. A présent adossé contre un mur, à croire que les chaises restaient le seul truc contre lequel il se sentait incapable de s’appuyer, le jeune surveillant fit de son mieux pour prêter attention à ce que disait le vieil homme.

« Ca m’a jamais fait ça. »


Aucun besoin d’y songer outre mesure. Rien de spécial ne lui était arrivé dans son enfance, enfin rien de ce type en tout cas. Sa mémoire, bien que pas si organisée que ça, était capable de l’affirmer sans qu’il n’est besoin de faire une quelconque recherche dans ses souvenirs.

« J’veux apprendre le plus de trucs possibles tout en restant… Simple ? J’veux pas passer sept ans à rattraper mon retard. Donc j’vais pas m’emmerder à apprendre à balancer des sorts sans ma voix.»

Vouloir. Il y avait trop de choses qu’il désirait, trop de buts plus ou moins impossible à atteindre qu’il s’était fixé sans que personne ne l’y oblige. Un soupir lui échappa, sa formulation pour expliquer ce qu’il ressentait lui donnait sans doute l’air d’un imbécile. Après tout, l’éducation ne se faisait pas en refusant d’étudier certains sujets. Borné comme il l’était, il était cependant peu probable que Dive change d’avis à ce sujet. Pour ne plus s’en soucier, le rebelle de service laissa son regard glisser sur le meuble qui semblait accaparer l’attention d’Ethan depuis quelques instants. C’était sans doute ici qu’il rangeait les potions qu’il fabriquait. Des charmes ? Des poisons ? Curiosité et méfiance se mêlaient trop dans son esprit pour qu’il ose demander quoi que se soit.

Ethan avait tort. Tout simplement. En l’écoutant, c’est la conclusion à laquelle le plus jeune parvint. D’ailleurs, il lui adressa un sublime regard noir lorsqu’il lui proposa une potion pour soigner ses blessures. Se décollant de son mur, Dive s’approcha, s’arrêtant un peu moins loin que la fois précédente mais en gardant toujours une certaine distance. Sa baguette avait été rangée et ses bras étaient croisés.

« Si j’me soigne dès que j’me fais mal, ça me donn’ra une excuse pour continuer. »


Une pause fut marquée et dura le temps qu’il trouve ses mots. Soit une bonne trentaine de secondes.

« Les bleus, c’est la marque de ma connerie. J’y peux rien, pour l’instant. Mais si un jour j’arrête de me blesser, je veux que ça soit progressif. Que je puisse être content de voir les marques s’effacer lentement. Pas de tricher en virant tout d’un coup. Ca ne me ferait faire aucun effort. »

La façon dont son ton avait brusquement changé, ainsi que ses paroles, était étonnante. A croire que, lorsqu’il le souhaitait véritablement, cet adulte aux allures de môme était parfaitement capable de s’exprimer clairement. Certes, ses mots restaient simples mais il était en mesure de mettre des mots sur ses émotions, ce qui n’était pas le cas de tout le monde. Dive n’avait rien de quelqu’un qui tentait d’imposer sa vision du monde aux autres. Cependant, personne ne pouvait le forcer à changer sa manière de penser, à oublier ses rêves ou ses souvenirs.

« C’est temporaire. Sur le coup, ça soulage. Puis après nan. C’est comme ça. Mais ça sert pas à rien. Je pense que c’est juste pas la meilleure méthode. Mais j’en connais pas d’autre. Vous semblez pas mieux… »

Poussé par une sorte de courage un brin inconscient qui ne lui ressemblait guère, le danger public fit alors plusieurs pas en avant et attrapa le poignet de son aîné entre ses doigts à la fois fins mais capables de tordre ou de briser sans véritable effort. Heureusement, il ne fit rien de tout cela, se contentant de s’accrocher et de tirer la main vers lui. Assez pour voir la paume, observer la blessure. Plus profonde qu’une simple coupure mais il ne s’était pas non plus tranché la main.

« Mais avoir des faiblesses, c’est pas l’problème, abruti ! »

Sans le lâcher, et s’il avait tenté de se débattre, il lui aurait fait mal sans la moindre hésitation, il tira quelque chose de la poche de son jean, de sa main libre. Un bandage d’une blancheur immaculée. Il en avait toujours sur lui, au cas où. Même d’une main, il parvint à l’accrocher autour de la main blessée en une poignée de secondes et se recula à peine son travail terminé. Dieu qu’il détestait avoir des contacts physiques autres que la bagarre avec les gens. Ses doigts glissèrent sur le sang qui tâchait sa chemise, à cause de plus tôt et il la retira, la posant sur une table d’élève pour ensuite se tourner de nouveau vers Ethan.

« On est tous faibles, on a des problèmes, on a des vies de merde ! C’est pas une excuse. »


De nouveau, il lui tira la langue. Puis, plus calmement, il laissa son regard vert passer dans celui de son aîné, juste une poignée de secondes. Ce n’était pas agréable de fixer les gens dans les yeux. Loin de là.

« J’suivrais plus vos fucking cours si vous refaite une seule fois ça ! »

Certes, Dive avait conscience qu’il n’était pas en position de négocier, mais il s’en foutait. D’individu aux paroles presque matures, il était redevenu un sale gosse. Par ailleurs, ses doigts agrippèrent sa chemise d’une main et il se dirigea vers la porte, pour s’adosser contre cette dernière, attendant le verdict d’Ethan. Si ce dernier le laissait se barrer, il se démerderait sans lui. Après tout, ça ne serait ni sa première erreur ni sa dernière. Parvenir à gagner était une illusion, il n’avait aucune chance. Pourtant, à cet instant, le surveillant savait qu’il n’abandonnerait pas. Il ne faisait pas ça pour l’autre. C’était juste… Son impulsivité qui avait décidé de ses actions, voilà tout. Non, aider les gens c’était vraiment pas son genre.
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Ethan McLorgan
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Dim 5 Juin - 1:24

Ethan releva la tête, le flot des paroles de l’autre l’avait laissé un peu dans sa rêverie. Il n’était plus vraiment là, à l’écouter ; mais bien ailleurs, entre la réalité du cachot et l’illusoire de sa pensée. Les souvenirs, ce qu’il aurait pu changer… ce qui était trop tard. Puiser sa force dans ses échecs pour surmonter les prochains, ou bien les rejeter et ne plus en reparler. Apparemment, la seconde lui avait permis de vivre bien jusqu’à maintenant ; ce jour-là, c’était fini. Tout le rattrapait, un peu comme lors de sa dispute avec Seth Ezékiel. Swelty était un lieu de perdition pour lui, c’était certain. Son cœur s’y ouvrait, se déchirant, forçant sur les coutures pour les faire éclater violemment et donner au présent un goût bien plus acide. Le passé le rongeait finalement, parce qu’il s’était évertué à le refouler sans cesse. Ce nouvel amour d’abord, puis cette deuxième chance de jouer les grands frères pour un inconnu. Jamais cela ne lui serait arrivé en Russie, ou s’il était seulement retourné en Irlande. Là-bas, il était respecté et ne jouait pas les malabars sentimentaux qui posent deux minutes un regard sur ce qu’ils ressentent. Non, Ethan James Eckhart Alcibiale McLorgan, c’était un sorcier sérieux, impassible, qui ne ressentait rien ; qui ne pouvait échouer donc. À présent, il n’était plus vraiment rien de tout cela. Un concours de circonstances peut-être. Cette rencontre avec son collègue, professeur de Sortilèges et Enchantements, l’attraction de son regard, de son parfum de sa voix, de tout son être en somme ; le rapprochement avec le bibliothécaire qui le voyait comme un enfant à cause de quelques gouttes d’alcool ; les nouvelles de son père décédé ; Noah qui serait toujours le même, un peu plus distant pourtant ; et enfin, Dive Storm-Thacker, cet adulte en devenir qui n’avait besoin que d’une main tendue pour s’en sortir (bien qu’il la rejetterait sans doute). Lui, Ethan, misérable professeur ces temps-ci, n’avait plus rien à voir avec les photos qui pouvaient trainer sur quelques meubles de sa chambre. Ses diplômes avaient même perdu de leur valeur ; le professeur McLorgan, célèbre Maître des Potions n’avait plus rien de son passé que des bribes de sentiments refoulés qui revenaient avec beaucoup trop de force pour le laisser indifférent aujourd’hui. Peut-être devrait-il songer à quitter l’école, et s’installer ailleurs. Reprendre son ancien train de vie avait quelque chose de séduisant, c’était certain ; mais en même temps, cette nouvelle fuite – puisque ça ne pourrait être autre chose – ne lui procurait aucun plaisir. Abandonner ses nouveaux collègues, sa nouvelle amitié avec Kasey Fletcher, cet amour naissant pour le beau Seth, et ce gamin, Dive, dont les rêves étaient encore présents pour le laisser se foutre en l’air. Non, partir, il ne le pourrait pas ; pas maintenant. Pas avant que tout ne soit saccagé, que tout s’estompe et que finalement, il se retrouve aussi seul qu’avant. Tout détruire ou patienter le temps que la vie ne reprenne son cours normal. Il choisirait la deuxième solution ; la passivité était souvent très attractive. Et après… après, il partirait.

La magie, une facilité ? Vraiment ? C’était sans doute une idée que l’on pouvait acquérir lorsque l’on avait été habitué à vivre à la moldue. Apprendre à se débrouiller, faire des plus amples efforts, rêver de pouvoir se téléporter (les moldus rêvaient-ils de ça au moins ?) sans ne jamais y parvenir. Certes c’était un monde qui lui était plutôt inconnu, et un sujet sur lequel il ne s’était jamais réellement penché (mais auquel il consacrerait probablement plus de temps ces prochains jours) ; mais il était vrai que tout en étant déconnectés l’un de l’autre, les deux mondes avaient quelque chose qui les liait. L’être humain. Ils étaient tous pareils après tout. Ils usaient seulement de moyens différents pour parvenir à leurs fins. Dive avait sans doute pris cette habitude de se battre pour réussir ; Ethan avait fait de même, manière sorcier. Cela les rendait-ils vraiment différents ?
La magie, une facilité ? Quand on était sorcier, ça paraît seulement naturel. On nait avec la magie dans le sang, entouré d’elle dans les gestes de nos parents, dans les histoires de nos ancêtres, dans les décisions de notre gouvernement. Quand on est sorcier, tout autour de nous est magie, sortilèges, potions, et l’instrument indispensable : la baguette magique. Quand on est moldu, on nait probablement avec ce petit désespoir au fond du cœur de savoir que les rêves sont moins accessibles, plus restreints, et que les bonnes quatre-vingt-dix années futures ne seront que luttes, batailles acharnées, couronnées de quelques victoires pour une montagne d’échecs. C’était un peu cette idée qu’il s’était fait de ces hommes dépourvus de magie, sans vraiment savoir la vérité. Pour cela, Ethan avait un peu d’admiration pour les moldus, mais elle n’était pas suffisamment forte pour qu’il en ait acquis une grande connaissance. Il se contentait seulement de remercier sa propre vie de l’avoir fait sorcier et non pas moldu.

Ne pas prendre la potion ; c’était là le choix de Dive apparemment. Et d’un côté, sa remarque était pertinente, intelligente, et tout-à-fait judicieuse. Il réfléchissait bien cet ahuri. On ne croyait pas comme ça qu’il avait conscience de ce qu’il faisait et du chemin qu’il voulait prendre ; mais le gamin s’avérait bien plus responsable au final. Lui, le professeur, n’avait rien d’un adulte face à cet enfant. Les rôles étaient même un peu inversés.
Ce n’était clairement pas la bonne méthode ; une fois encore, il était dans le vrai. Quand le surveillant lui fit reconnaître que pas même Ethan n’en avait d’autres plus subtiles ; l’aîné ouvrit grand ses yeux, une petite secousse dans son corps. Etre ainsi mis à nu par un gamin ; c’était gênant. D’autant plus que le professeur McLorgan avait tort. Puis Dive saisît sa main blessée, tenant fermement son poignet ; maintenant sa paume ouverte, la blessure en vue. Abruti ? Lui ? Comment osait-il lui parler ainsi ? Ethan leva la tête définitivement, portant son regard à la fois sur sa main puis sur le regard du garçon. Sa bouche s’ouvrît, mais aucun son n’en sortît ; son visage resta figé, effet d’un léger choc. Qui était-il pour l’insulter comme ça ? Pour jouer les grands moralisateurs de bas étage?
Et depuis quand se souciait-il des autres comme ça ? Non, le peu qu’il connaissait de Dive lui avait fait comprendre que le gamin était un solitaire et qu’une telle proximité avec quelqu’un ne lui ressemblait pas. Alors pourquoi cette soudaine envie de le réprimander, lui, un prof, pour un geste qui ne mettait que sa propre personne en danger ? Les questions et l’étonnement faisaient rage dans son esprit, tandis qu’il continuait de regarder son collègue avec des yeux ronds. S’il l’avait pu, il l’aurait stupéfixé du regard ; mais pour le moment il était seulement étonné et ne savait pas comment il se devait de réagir. L’autre sortît un petit linge blanc d’une de ses poches et l’enroula autour de la main entaillée. Sa chemise tachée, il s’écarta de l’homme pour s’en défaire avant de se retourner à nouveau vers lui.

Des excuses ? Ethan n’en cherchait pas vraiment. Il avait donné celle des faiblesses pour éviter d’avoir à s’expliquer, rien d’autre. Son geste, c’était simplement de l’inconscience. Sa baguette qui égratigne sa peau ; rien de plus. Et puis, c’était quelque chose qu’il n’avait pas fait depuis longtemps déjà. Il n’avait donc rien à se reprocher, contrairement à l’autre qui se trouvait dans une période où ‘cette mauvaise méthode dénuée d’excuses’ était une de ses pratiques favorites. Mais c’était vrai, il n’y avait aucune excuse pour faire une telle chose. Pourquoi se mutiler ? Avoir une marque, une trace physique de douleurs intérieures. Se dire qu’avec le temps, ça se soigne. Et puis, il valait mieux ça que de blesser quelqu’un d’autre. Une trace, rien d’autre. Il laisserait lui-même l’entaille disparaître d’elle-même ; avec ce maudit temps comme allié. Il patienterait ; ça ne changerait rien. Une blessure bénigne se guérît rapidement ; le reste est généralement bien plus sérieux. Au moins, il ne méritait pas de soin ; juste de quoi s’empêcher de saigner continuellement. Le sang, c’est salissant et puis ça fait peur. Après tout, l’esprit est suffisamment bien caché pour que quelque ne se doute de quoique ce soit. Le corps, lui, fait parfois les frais de peines invisibles pour que l’on remarque ainsi que tout ne va pas bien et qu’on a besoin d’aide. Ethan, évidemment, ne demandait rien de tout ça. Il n’avait pas besoin des autres. Son esprit s’égara un instant sur Seth… il se serait bien laissé dormir à ses côtés un moment. Dormir, c’est bien ça. Et aux cotés de son amant, c’est magique.

Dive lui tira la langue, brisant la romance qui se construisait dans la tête du professeur. Qu’est-ce que c’était que cet avertissement de pacotille ? Était-ce une menace ou bien deal ? De toute façon ; c’était inutile, il n’aurait pas recommencé. S’en aller ; était-ce donc tout ce qu’attendait ce petit imbécile ? Ethan ne bougea pas lorsqu’il se dirigea vers la porte, chemise en main. Et puis, s’appuyant contre celle-ci ; Ethan comprit que ce n’était une fois de plus qu’un moyen de le tester. Voir ce qu’il ferait. Dive avait besoin d’une bonne correction pour soumettre un sorcier comme Ethan… du moins, s’il avait été un gamin. Mais Dive n’en était plus vraiment un. Certes, son comportement faisait de lui un de ses inclassables, mais il demeurait pourtant un jeune adulte. Ce qui lui paraissait comme de la désinvolture prit la forme d’une simple conversation d’égal à égal.

Ethan quitta enfin son armoire, en en refermant les portes. Il se dirigea vers la porte sur laquelle Dive était appuyé. Lui saisissant le poignet, l’en écartant, il ouvrit l’accès au couloir.

« De ne pas boire la potion, c’est votre choix, Dive. De ne pas vous laisser me sermonner de la sorte, c’est le miens. Ne perdez pas votre temps, je n’aurais pas recommencé et cela ne vous regarde pas vraiment de toute façon. »

Puis pointant la sortie du doigt, tout en relâchant son emprise :

« Si vous voulez partir, faite-le ; je n’ai pas à vous retenir. Vous êtes libres. Mais ne vous servez pas de mes agissements comme d’une excuse. En vous mutilant vous-même, vous perdez ce droit de me juger et de vous prétendre plus sage. »

Son regard ne se voulait pas si violent ; peut-être que la noirceur de ses yeux lui donnait un air sévère et assassin. Ce n’était qu’affaire de couleur d’yeux, pas sa faute. Il baissa un peu la voix qui se voulait maîtrisée à nouveau, posa une seconde son regard dans celui du gamin ; puis tournant la tête vers l’intérieur du cachot :

« … j’aimerais pourtant que vous restiez… pour vous. »
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Lun 6 Juin - 13:08

Etre fort. Etre faible. Des mots dénués de sens, des expressions trop utilisées sans qu’on soit capable d’en mesurer l’absurdité. Pendant des années, la vie du jeune homme à la peau marquée de cicatrices et de bleus ne s’était composée que de déceptions et de violence. D’instants où frapper quelqu’un jusqu’à presque le tuer était tout ce qui pouvait approcher d’une victoire pour son esprit oppressé par une société qu’il insultait ouvertement dès qu’il en avait la moindre occasion. En réalité, ça n’apportait qu’un soulagement mineur, comme il l’avait expliqué quelques instants plus tôt. Tout se base sur le court terme, là-bas. Un jour, une chance de pouvoir dire adieu à sa vie, de se prendre des balles perdues, ou de se faire justice. Aucun n’était innocent. La pureté avait été tâchée de sang bien trop tôt. Assez pour qu’une arme soit pointée par un gamin sur un autre, assez pour que la police ait peur d’eux, de ces jeunes gens sans espoir qui contrôlent un monde comme si cela était un jeu, comme si les drames n’étaient qu’un dégât collatéral totalement acceptable. Pourtant, en essayant de s’en sortir, Dive ne se sentait pas plus fort, ni plus courageux. Au contraire, cela semblait aller contre sa nature. Combien de fois son regard butait-il sur des mots durant ses lectures ? Combien de minutes tenait-il avant de songer que cela ne valait pas un combat ? Peu. Jamais assez. Cela s’arrangeait avec le temps. La satisfaction ne lui venait cependant que du sang sur ses mains et de cette pseudo-victoire. La seule différence entre lui et les autres était le sentiment de malaise qui lui venait ensuite. Cette voix insupportable lui chuchotant qu’on ne tire pas dans la main d’un gamin de seize ans parce qu’il vous a menacé, qu’on ne frappe pas d’autres gosses du même âge parce qu’ils se tiennent devant vous et qu’ils braquent leurs armes comme des enfants avec des pistolets à eau. Parfois, Dive se demandait s’ils avaient une trop grande ignorance de la mort ou si c’était l’inverse, qu’elle apparaissait bien trop comme une évidence. Quand il se battait, il ne se posait pas de questions de toute manière. L’orphelinat et le quartier qui l’entourait était son territoire. Pas que le sien, mais il était capable d’en clamer une bonne partie sans qu’on ne s’oppose à lui. Et ces gens qui le respectaient, non qui avaient peur de lui, il ne leur dirait jamais ses efforts, son changement. A leurs yeux, il n’aurait plus été qu’un étranger de plus. Autant continuer à parler comme un voyou, à regarder le monde avec haine pour ne pas devenir paria tout en étant solitaire. Dieu qu’il pouvait haïr les conventions de ce monde et les habitants de ce dernier.

Les gens comme Ethan. Ceux qui vivent dans leur petit monde bien rangé et qui ne sont ébranlés par rien. Juger trop vite était une chose que Dive essayait de ne pas faire, mais cela était complexe. Alors, adossé à la porte, le jeune adulte ne cessait de détailler son vis-à-vis, de comprendre, de vérifier s’il avait tort et raison. Quoique son esprit lui disait que la réponse était la même que les autres jours. La vérité ne lui apparaissait pas toujours comme une évidence. Peut-être parce qu’il y avait trop de mensonges.

Les doigts sur son poignet furent une surprise. Une sincère, évidente, qui se vit parfaitement sur ses traits. Ce n’était pas malin de la part de son aîné. Pour ne pas dire que le geste était futile et que l’autre savait pertinemment qu’il n’aimait pas les contacts, enfin ça devait lui sembler logique. Un grognement franchement mauvais s’échappa des lèvres du surveillant tandis que ses pensées se faisaient un peu trop claires à son goût. Il n’était question que de détruire, de blesser, de lui faire regretter d’avoir fait ça. Là, maintenant, tout de suite. Il n’était plus un enfant. Certes, son impulsivité restait la même. Cependant, au lieu de hurler, celui qui avait un look de rebelle se contenta de serrer le poing, s’enfonçant ses ongles au creux de sa paume pour faire fuir ses idées malsaines. Son père n’aurait pas aimé que son comportement lui attire autant de problèmes. Sa sœur le buterait sans doute si elle apprenait son renvoi, à cause d’un accès de violence qui plus est. Pour eux, Dive accepta d’abandonner. De simplement se la fermer et d’écouter. L’attitude que son corps démontrait resta pourtant celle d’un animal se sentant agressé et prêt à se défendre au moindre mouvement trop brusque. Et, une fois de plus, saisir sa baguette avec son autre main ne lui vint pas. Cela n’aurait rien changé contre son aîné.

Son regard émeraude croisa celui, meurtrier, impressionnant, d’Ethan. Ce n’était pas un rapport de force. Il restait que ça y ressemblait assez pour que Dive lui rendre la pareille, juste le temps que dura l’échange. Plier contre une personne plus puissante que lui n’était pas dans ses habitudes. Hors de question qu’il accepte sa défaite face à ce sale type qui se sentait offensé par ses mots ! Attendez une seconde… Offensé ? Repassant les paroles de l’autre dans sa tête, le cadet réalisa qu’il avait fait exactement ce qu’il ne souhaitait réaliser sous aucun prétexte. Donner une leçon de morale à quelqu’un. Encore moins à un être qui n’en avait absolument pas besoin. Immédiatement, le garçon se recula d’un pas. Déjà parce qu’il était de nouveau libre et que prendre ses distances lui semblait être une mesure de sécurité essentielle. Ensuite, à cause de la culpabilité qui le traversait et qui était franchement agaçante.

Un silence fut la réponse qu’il offrit tout d’abord au professeur. Cette absence de paroles n’avait cependant de raison d’être que pour lui autoriser quelques secondes pour former sa défense, un semblant d’explication ou bien des excuses. Bien sûr, pour ne pas répondre en criant, pour éviter d’agir comme un gamin frustré et en colère qui n’a aucune envie d’écouter un parent qui le sermonne, il fut obligé de se mordre, encore, la langue jusqu’au sang, d’une façon aussi discrète que possible, qui ne le fut guère. Lorsque la mutilation cessa enfin, le liquide carmin avait glissé sur ses lèvres, qui brillaient étrangement à cause de cela. Il le réalisa immédiatement et passa le dos de sa main devant sa bouche, retirant rapidement le sang.

« J’voulais pas vous juger. J’sais que j’suis pas en position d’le faire… »

Le sol était plutôt intéressant à fixer. Le mur aussi. Il oscilla entre les deux quelques instants avant d’opter pour le second choix, qui lui semblait le moins impoli des deux. Le vieux n’attendait certainement pas d’excuses. Tant mieux vu que Dive n’avait pas franchement l’intention d’en offrir. Il l’avait déjà fait ce jour-là et trop bousculer ses habitudes ne lui réussissait généralement pas.

« C’est flippant. »

Brusquement, en un mouvement qui aurait sans doute été en mesure de lui abîmer la nuque s’il n’avait pas été chanceux, il redressa la tête, pour être en mesure de poser ses yeux dans ceux de cet homme qui paraissait si incompréhensible.

« Z’êtes un vieu- un adulte. Vous voir faire ça, c’est effrayant. C’est pas comme si vous étiez un gamin où là ça serait moins strange ! Ca veut dire qu’les choses s’arrangeront peut-être jamais. J’crois que ça m’a fait franchement énervé !»

Sa sincérité un brin violente et trop brute pour cet univers trop mensonger s’échappait de ses lèvres sans trop de difficultés, malgré les pauses qu’il marquait parfois, en plein milieu de ses phrases. Pour sélectionner les bons mots, ne pas donner un mauvais sens à ce qu’il souhaitait expliquer. Cette façon de mettre ce qu’il ressentait en paroles était une nouveauté pour ce jeune homme, ce qui justifiait peut-être son hésitation.

« J’suis pas un lâche. »


Cela lui échappa tandis qu’il tira sa baguette de sa poche, affichant un air concentré. Plus tôt, un sort s’était échappé de sa liste parce qu’il n’avait pas été en mesure de savoir de quelle manière le formuler. Celui-là, il l’avait retenu en observant son père adoptif le faire, plusieurs fois. Les mots furent murmurés et le sang qui tâchait sa chemise s’évapora. Le seul sort qu’il n’avait jamais raté. Sans doute à cause du lien avec son vieux. Il était amusant de constater que sa magie était aussi indisciplinée que sa personne. L’action avait un sens bien plus profond que la simple preuve qu’il pouvait pratiquer la magie avec de la concentration. C’était sa manière de dire qu’il n’abandonnerait pas. Que c’était hors de question pour lui de renoncer. Il rangea le bout de bois et remit sa chemise, simplement, en silence. Le calme après la tempête.

« Vous savez que j’suis instable, que j’vais m’énerver dans cinq minutes et foutre le bordel. Et pourtant, vous d’mandez d’rester. »

Quelque chose de rare fut alors visible sur ses traits. Un sourire. Un léger, maladroit, qui ne lui allait pas vraiment par manque d’habitude. Ethan lui plaisait, de façon confuse. Dans le sens où, pour un adulte, l’autre était étrangement différent. Un brin fascinant, un brin agaçant. Cela l’amusait, un peu. Sans qu’il ne le réalise vraiment lui-même. Entrant dans le cachot, il alla s’asseoir sur une table d’élève et attrapa un des bouquins prêté par son aîné, sans le moindre regard envers ce dernier.

« Ah, j’ai une question. J’me demandais un truc. J’ai entendu des gamins parler d’une histoire de pureté d’sang. Ca veut dire quoi ? »

Détourner la conversation pour mieux apaiser le conflit de plus tôt ? Chez Dive, le mécanisme était différent. Il avait juste changé d’idée en quelques secondes. Comme un enfant en train de cueillir des fleurs qui les abandonnerait soudainement pour poursuivre un papillon. Tout en attendant une réponse, cet adulte aux airs d’adolescent balançait ses jambes dans le vide tout en lisant.
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Sam 18 Juin - 2:01

Rester ou bien partir ; Ethan n’était pas responsable de ce choix. Dive, seul maître de sa destinée, se devait de prendre la décision qui lui semblait la meilleure. S’il partait, peut-être aurait-ce était sa manière de s’avouer vaincu, d’abandonner et de reprendre sa routine de surveillant un peu paumé dans ce nouveau monde de sorciers. Peut-être aussi serait-ce une façon de se prouver à lui-même qu’il n’avait pas besoin d’un enseignant comme le professeur McLorgan pour s’en sortir et que la réussite, il saurait la trouver tout seul. La victoire ; elle pouvait avoir diverses formes elle se couronnait toujours de la même manière. L’important c’était de se sentir satisfait, au fond de soi et de reconnaître que la lutte n’était pas vaine et que sa fin en valait bien la peine.

En y songeant, Ethan ne parvenait pas à savoir s’il était lui-même capable d’appliquer la leçon à son propre compte. Lutter pour changer la donne, il l’avait fait un peu par dépit, forcé. Quand on est un adolescent et que notre mère vient de mourir, que notre père, lui, est faussement enterré depuis plusieurs années déjà, quand on se retrouve seul à devoir prendre soin de son petit frère tout en étudiant pour s’assurer un semblant d’avenir convenable, on n’a pas vraiment de quoi se féliciter. Surtout si l’on regarde comment le jeune garçon à l’époque s’y était pris. Il n’avait que très peu pleuré sa mère ; il n’en avait pas vraiment eu le temps, ni le droit. Il y avait Noah, il fallait bien relever la tête et se battre pour deux. Ethan n’éprouvait aucune fierté pour cela, c’était naturel de devoir jouer les nouveaux pères pour le bien être de son frère. Puis, lorsque l’on s’attarder sur la fin de sa paternité artificielle, on se rendait bien compte qu’Ethan n’était qu’un lâche, rien d’autre. Rejeter ses sentiments au fond de lui, les cacher sous une pile de livres à lire, de parchemins à écrire, de potions à maitriser ; les amoindrir en se maintenant occupé, distrait par ses devoirs et ses projets. Protéger Noah, bien sûr que ça avait été un devoir ; tous deux s’étaient retrouvés orphelins, bien vite, abandonnés de leur douce mère depuis bien trop longtemps absente. Devenir professeur en potions, ça n’avait jamais été vraiment un projet d’avenir. Y faire carrière ne l’avait jamais réellement excité au point de sentir au plus profond de lui que jamais il ne s’en lasserait. Peut-être un jour, oui, il abandonnerait pour tenter de se retrouver en un autre métier. Le sentiment d’accomplissement ne l’avait jamais vraiment fait frémir. C’était maintenant qu’il s’en rendait compte. Maintenant qu’il était à Swelty et que son humanité se faisait un peu trop présente, faisant fi de ses habitudes installées pour son propre bien. Maintenant, se sentir bien avait plus d’importance, malgré son combat quotidien pour ne pas se l’admettre et ne pas céder. Seth… c’était peut-être de sa faute à lui, en priorité. Tomber amoureux n’avait jamais été dans ses projets, pas même dans ses rêves. Ou bien peut-être alors l’avait-ce été, inconsciemment, quand il rédigeait les péripéties amoureuses d’un jeune couple de sorciers dans son journal. Peut-être que ses écrits étaient bel et bien la preuve qu’il n’était fait que de désirs inavoués de se sentir enfin heureux, ou du moins, vivant.
La victoire… elle pouvait être entière comme factice. Ethan en possédait la seconde version. Il n’y avait aucun réel succès dans son passé.

Et peut-être aussi que Dive resterait. Cette idée semblait encore trop fragile sur l’instant. Au moment où Ethan avait saisi le poignet du gamin, il avait su qu’il franchissait une limite qu’il n’aurait jamais dû outrepasser. C’était certain, ou presque, le surveillant ne tolèrerait ni le geste, ni la manière avec laquelle le professeur s’était adressé à lui. Adoptant alors une posture d’animal sauvage prêt à bondir sur son nouvel ennemi, Ethan ne pariait pas cher qu’une confrontation brutale et violente pourrait avoir lieu dans les prochaines minutes. Cependant, rien ne se produisit, pas même lorsqu’il relâcha son emprise. Les deux hommes demeurèrent à se regarder l’un l’autre, un peu comme une joute visuelle dans laquelle le but était de ne pas plier sous la force de l’autre plutôt que de s’affronter. Ethan lui-même se faisait innocent de son propre regard qu’il ne maitrisait pas. La noirceur de ses yeux avait toujours eu quelque chose de menaçant ; il n’y était pour rien.

Puis la distance. Apparemment, les mots du professeur avaient percuté quelque chose dans l’esprit ou peut-être les principes de Dive. Une sorte d’excuses un peu maladroites et implicites. Dive n’avait pas plus de droits de jouer les moralisateurs qu’en avait Ethan. Et pourtant, n’essayait-il pas de faire prendre raison à cet élève tout en lui proposant ces propres principes ? Son comportement n’était-il pas révélateur de sa volonté de changer le gamin, de le faire agir un peu à sa façon ; à la manière d’un jeune adulte, un peu plus responsable ? C’était navrant de l’admettre, mais c’était bel et bien le cas. Et puis en même temps, n’était-ce pas aussi le rôle d’un enseignant ? Inculquer certaines valeurs à la jeunesse. Il ne se porta pas plus longtemps sur la question. Dive venait de lui balancer ses années à la figure. Un vieux, c’est vrai. Il avait déjà vingt-trois ans ; le temps passait un peu trop vite à son goût. La prochaine étape serait celle des vingt-cinq, un palier intermédiaire entre la deuxième et la troisième dizaine. C’était quelque chose qui le frappait un peu plus maintenant qu’une fois encore, il était à Swelty. Sans doute les regrets de n’avoir profité de rien, la peur de rater encore tellement de chose et l’appréhension face à ces éventuelles futures découvertes. Il n’en savait trop rien. Vieillir en tout cas l’inquiétait un peu ces temps-ci. Que pourrait-il bien dire à ce jeune homme ? Que les choses vont en s’arrangeant ? Il était probablement déjà baigné dans cette désillusion du monde ; celle qui vous frappe lorsque, de force, vous devez quitter le monde de l’innocence et des rêves pour ouvrir les yeux et l’esprit sur un tout nouvel univers, bien plus sombre et cruel que celui dont rêvent les enfants. Dive devait sans doute être de cette nouvelle génération de gamins désabusés qui ne croient plus vraiment en rien. C’était triste et affligeant, lui-même n’avait pas eu particulièrement d’espoir dans sa jeunesse. En tout cas, pas depuis la disparition de sa mère. Peut-être aujourd’hui sa vie s’était muée en un mélange d’espoir et de craintes de tomber de haut. Une fois encore, il devait tout cela à sa relation avec Seth Ezékiel ; un peu aussi à son amitié fraternelle avec le bibliothécaire du château. Quoiqu’il en soit, les choses semblaient changer beaucoup trop rapidement pour qu’il s’y habitue et n’en soit perturbé.

La lâcheté. Ça aussi il ne la connaissait que trop. Tout aussi bien que l’amer sentiment d’un semblant de victoire. Il n’aurait pas d’ailleurs le droit d’en insulter Dive. Le blâmer de vouloir fuir, alors que c’était exactement ce qu’il avait fait auparavant, pour sa survie, pour celle de Noah ; non, ce n’était pas son droit et le prendre serait bien arrogant de sa part. Peut-être aurait-il pensé que Dive était lâche, si celui-ci était parti ; mais adulte à présent – ou sur la voie pour le devenir – il devait être capable de prendre ses propres responsabilités. Alors oui, ça aurait certainement pris la forme d’une fuite, mais elle aurait été naturelle.
Dive prit sa baguette dans sa main et lança un sort pour nettoyer sa chemise tachée de sang. Le geste mit fin aux pensées du professeur. Il était donc capable de se servir de sa baguette de temps en temps et de son propre chef de surcroit. Tout n’était pas si désespéré finalement. Ethan contempla les taches disparaitre une à une mais ne dît rien. Dive avait quelque chose d’étonnant dans la mesure où il semblait pouvoir vous surprendre de bien des manières. La seule preuve qu’il pouvait user de la magie sans jeter sa baguette à travers la pièce une fois le sort lancé montrait qu’il ne méprisait pas totalement sa nature. Son ancien mentor, s’il en avait eu un, avait probablement eu plus de pouvoir sur lui que quiconque ; même dans cette école.

« Je vous demande de rester, Dive, parce que tout comme vous venez de me le prouver, je sais que vous avez des capacités. Il serait fort dommage de ne vous laisser aucune chance et de perdre ainsi un élève qui ne demande rien d’autre qu’apprendre. »

Le léger sourire qui s’afficha sur le visage du garçon, bien que loin de sembler naturel et fréquent toucha un peu le professeur de potions qui ne put s’empêcher d’en esquisser un à son tour. De la même manière, il était maladroit et un peu faiblard. Sourire n’était pas plus une de ses habitudes que pour Dive. Sur ce point, tous deux se ressemblaient un peu. Cette évidence le fit sourire davantage ; un peu comme un enfant qui découvre une surprise de façon graduelle. Puis à la question de son élève, il reprit son air habituel, plus sage, plus noir :

« La pureté de sang, vous l’apprendrez dans certains ouvrages et vous l’enseignerez également plus tard, est une question d’identité de vos ancêtres, ou alors de vos parents. Les plus grandes familles de sorciers se vantent d’être nées d’une longue lignée de sorciers car ainsi ils peuvent clamer partout qu’ils ont ce que l’on appelle un sang pur. Si un de vos deux parents était moldu, alors vous serez de sang-mêlé. Et il arrive également qu’aucun de vos parents ne soit sorciers, dans ce cas-là vous êtes appelé un né-moldu. Certains mages noirs pensaient que les sorciers devaient avoir le pouvoir sur les moldus et né-moldus, les considérant comme une sous race. Mais de nos jours, cette histoire ne devrait plus avoir d’importance. Hélas, tout le monde n’est pas de cet avis. Vous par exemple, qu’en était-il de vos parents ? »

C’était une question peut-être indiscrète, pourtant elle collait bien avec le sujet de la question posée. Jugeant que Dive ne prendrait plus le chemin de la sortie, assis sur une table, un livre dans les mains, il referma la porte du cachot et fourrant une main dans une des poches de sa robe de sorcier, senti un petit morceau de papier froissé ; le mot que lui avait envoyé Noah plus tôt dans la journée et qui lui annonçait la mort de leur père. Ses pensées s’égarèrent à nouveau, soucieux.
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Sam 18 Juin - 4:00

Le monde semble prendre un malin plaisir à décider de notre avenir à notre place. Pourquoi placent-ils des embûches sur notre chemin alors que d’autres vivent dans la perfection et l’excès ? Pourquoi certains passent-ils leur existence à devoir se battre contre l’Univers alors que d’autres n’ont jamais besoin de le faire ? C’est cette injustice qui créé des conflits, qui empêche les gens de se comprendre. Tout du moins, c’est ainsi que le jeune homme voyait les choses. Tout n’était qu’une question de naissance, de cadre de vie. Certes, nos actions comptaient mais ce n’était qu’une partie de l’iceberg. On se traînait le reste derrière nous, comme un poids qui nous écrase. En réalité, il n’y a aucune garantie de s’en sortir, même en faisant les efforts. L’on ne peut que haïr ceux pour qui tout va en se disant qu’un brin de malheur retirerait peut-être ce fucking sourire de leurs visages. Que si on les frappait assez fort, peut-être qu’on verrait les larmes dans les yeux. Qu’on retirerait leur masque pour prouver qu’en dessous, ils ne sont que chairs, comme n’importe qui d’autre. Mais on ne sait pas. On ignore que les autres mentent encore mieux que nous. Que ces gens que l’on juge comme étant parfaits ne sont pas toujours heureux. De là où ils viennent, ils n’ont pas le droit d’afficher la vérité. Ils sont ce qui poussent les autres à la colère et à l’effort. Pourtant, certains d’entre eux ne souhaiteraient que se retirer de ce podium sur lequel ils siègent, occupant la première place depuis le commencement de leur vie.

Peut-être que c’était un autre jugement qu’il n’aurait jamais dû imaginer, mais le plus jeune sentait que le professeur n’était pas totalement heureux. Pour ne pas dire pas vraiment. Voir pas du tout. En un sens, l’on avait l’impression qu’il en attendait trop de ceux qui l’entouraient et plus suffisamment de la part de sa propre personne. Cela était énervant, sans paraître anormal. Il n’y avait pas que la nouvelle génération qui était déçue, qui vivait sous le poids de la malchance. Et ça ne faisait qu’empirer. Les enfants d’une dizaine d’années étaient déjà des monstres là où leurs aînés avaient eu besoin de plus de temps. Comme si le processus de rejet du monde était de plus en plus rapide. Bientôt, il finirait ancré dans les gênes des gens et dès la maternelle, il y aurait des massacres. Du sang sur les jeux sensés être comme des remparts face aux adultes, des pleurs à la place des rires. L’espoir était un luxe et seuls quelques rares privilégiés étaient en mesure de se le payer.

C’est pour cela que les paroles de celui qui était presque un vieil homme, bientôt inutile dans cette société malgré son jeune âge, ne lui firent pas grand-chose. Posséder des capacités était une chose mais il n’était sans doute pas le seul à en avoir. En fait, il cherchait à se montrer différent des autres pour s’en sortir. Même si cela était un peu égoïste. Il aurait pu choisir d’aider les autres avec le peu qu’il savait. Les autres gamins de l’orphelinat auraient pu tuer pour un soutien au niveau scolaire et moral. Et, au lieu de cela, il choisissait de se donner une chance, de vivre sa propre vie en fuyant ce qu’il avait considéré comme étant une responsabilités jusque là. C’était comme avec les gens qui l’entouraient. Eux aussi il s’en écartait. Pour ne pas subir les reproches d’un génie qui a raté son existence parce qu’il s’est lancé dans la mauvaise voie, pour ne pas devoir prendre soin d’une sœur qu’il ne connaissait qu’à peine et qui lui faisait peur parce qu’elle le forçait à reconnaître qu’il était lié à quelqu’un. Ou ce père qu’il avait nommé ainsi sans lui demander son avis dont il ne voulait même pas aller voir la tombe pour ne pas y songer et refouler ce qu’il ressentait. Sa lâcheté était bien présente dans son cœur et dans son esprit. En fait, cet adulte aux allures de gamin pouvait suivre le chemin qu’il souhaiterait. Le sien. Mais, en faisant cela, il blesserait des gens. En un sens, n’est-ce pas cela vivre ? Découvrir les gens, les blesser, les aimer ? Vouloir être avec eux puis courir le plus loin possible ensuite.

Ses doigts manquèrent de froisser une des feuilles du livre. Une fois de plus, songer à tout cela était pénible et ça allait l’énerver. Donc provoquer une nouvelle crise et lui attirer des problèmes. Un soupir lui échappa et il referma, un brin brusquement, l’ouvrage pour le reposer sur la pile à ses côtés. Au moins, il aurait de la lecture dans les prochains jours. Cela l’aiderait sans doute à se concentrer un peu plus. Quoique Dive était assez content d’être en mesure de passer de plus en plus d’heures à lire. Au début, se trouver plus de dix minutes à la même place était un calvaire pour lui. Tout s’apprenait. Du pire au meilleur. Son regard chercha quelques secondes Ethan et il le fixa tandis qu’il s’exprimait. Pas dans les yeux bien sûr. Cela était réservé aux moments les plus graves.

Ainsi, les sorciers étaient aussi stupides que les moldus et, au lieu de juger sur la couleur ou les origines, ils se basaient sur le sang ? Une expression un brin mauvaise, tout simplement colérique et cruelle, se dessina une poignée de secondes sur son visage et ses poings agrippèrent, une fois de plus, un peu trop fort le rebord de la table sur laquelle il était assis. Pourtant, lorsqu’Ethan déclara que cela lui semblait futile, enfin tout du moins que ça ne devait plus avoir d’importance, il se calma un peu et ses traits se détendirent. Au moins, il n’était pas en compagnie d’un abruti. Cela lui aurait posé un problème. Chacun peut penser ce qu’il souhaite. Il n’empêche que d’autres ont des conventions assez solides pour ne pas accepter certaines paroles. Ses mains lâchèrent la table et réajusta son bandeau, en silence, au moment où la question fut posée. Sa main dérapa et la pièce de tissu glissa de sa chevelure à cet instant. Ce sujet ne lui faisait pas spécialement horreur, contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’était juste qu’il n’aimait pas en parler. Ses jambes cessèrent de se balancer dans le vide et il commença à jouer avec le bandeau qui était, à présent, entre ses doigts.

« Je suis orphelin. Je ne les connais pas. »

Ce changement, si facilement perceptible, dans sa manière de s’exprimer, était revenu. Ses mots semblaient plus clairs et précis. Un peu trop peut-être. Comme une menace. Lui-même avait trop d’interrogations dans ce domaine pour vouloir converser là-dessus. Des tas de théories, de possibilités. Comme, par exemple, la couleur naturelle de ses yeux, qui était alors cachée par un voile de vert. Les gamins ne naissent pas avec un regard doré. Ce qui lui donnait l’impression qu’il venait peut-être d’une famille de sorciers. Et, en même temps, il s’était fait la promesse de ne jamais chercher à savoir la vérité. Chercher ses parents biologiques ? Pourquoi faire ça ? Ils ne l’avaient pas vu grandir, ils ne savaient rien de lui. Alors, ils pouvaient aller se faire voir. Dive tira la langue à Ethan, comme pour le défier de faire une remarque quelconque, même s’il se doutait que l’autre n’était pas du genre à le prendre en pitié, et heureusement. Jamais il n’avait été en mesure de supporter les gens qui le regardait de haut à cause de ça. Ca lui donnait envie de les frapper, encore et encore. Quoique chez lui, c’était un comportement plutôt normal.

« Et c’est de la connerie de juger les gens par leur sang. »

Aucune justification ne s’échappa de ses lèvres. Sans doute avait-il la sensation qu’il se serait embrouillé en essayant de s’expliquer. Surtout qu’une évidence ne devrait pas avoir besoin que l’on la détaille. Il remit son bandeau à cet instant, décidant qu’avoir ses cheveux devant son regard l’agaçait un peu trop et il reporta son attention sur son aîné. Ce dernier paraissait un brin ailleurs. Pas énormément, juste un brin. Un regard noir fut adressé au professeur et le garçon eut presque envie de lui balancer un truc dessus pour attirer de nouveau l’attention de l’autre. Cela ne se faisait cependant pas et il contenta de descendre de la table pour simplement s’y adosser.

« Hey ! Vous êtes quoi, vous ? »

D’instinct, Dive supposait que le sérieux professeur était plutôt un sang-mêlé. Sans trop savoir pourquoi. Peut-être parce qu’il n’avait pas l’air de se sentir supérieur aux autres mais qu’il parlait des nés-moldus d’une façon qui donnait l’impression qu’il n’en était pas un. Bah, après, le sale gosse n’en savait rien. Et il n’était généralement pas très doué pour interpréter ces trucs là. Puis, quelque chose lui vint en tête.

« D’toute façon, ça joue pas sur la puissance du sorcier, donc on s’en branle. »

Bien que sa phrase sonnait comme une affirmation, il n’en était pas si sûr. Cela lui paraissait juste logique. Sinon, les élèves n’auraient pas été mélangés comme ils l’étaient, parce que chaque sang aurait eu besoin de cours différents adaptés à leur niveau. En tout cas, pour quelqu’un qui n’appréciait guère la magie, Dive était étrangement calme et concentré à ce moment là. Passer plus de cinq minutes sans qu’il ne se blesse était un bel exploit après tout. Et puis, de façon inconsciente, le plus jeune essayait de sortir Ethan de ses pensées.
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Mer 29 Juin - 0:49

Les choix de vie. Ils s’imposent, plus ou moins, aux gens comme des évidences qu’un jour il faut se prendre en main. Certains les délaissent, d’autres les saisissent. Chacun sa chance, ou son malheur. Il est des hommes aussi qui s’inhibent, s’empêchent de vivre parce que ces autres, autour de nous, ces handicapés de chance, il faut bien les aider. Alors entre quoi choisir? Déjà auparavant, il y avait des héros, ces êtres suffisamment courageux pour deux, pour trois, qui consacraient leur vie entière à aider leur prochain. Avant, il y avait aussi ceux qui détournaient les yeux devant la misère ; on ne peut guère leur en vouloir, ça fait tâche de constater la pourriture qui se répand un peu plus sur le monde. Ceux-là optent pour un petit confort qu’ils espèrent ne jamais voir troublé, ils ne songent pas aux autres, c’est bien trop douloureux et la culpabilité est un sentiment embêtant.

Les héros d’hier, ils étaient nombreux. À présent, on détourne un peu tous le regard. Pas forcément totalement, observer les immondices qui trainent dans les rues permet d’apprendre beaucoup de choses. Par exemple, ainsi on peut savoir si on fera partie des héros, ou des autres. Si on courbera l’échine pour autrui ou si on l’achèvera par notre indifférence. Apprendre, c’est bien. Pour cela, il faut bien côtoyer un peu le monde, le regarder dans les yeux.
Et malgré tout ça, entre égoïsme et altruisme, la frontière est bien mince. On blâme souvent ceux qui choisissent de sauver leur peaux au détriment des autres, tout comme on loue ceux qui acceptent de mordre la poussière par élan de bonté. Cependant, on dit aussi qu’ils sont imbéciles de se perdre ainsi, pour des inconnus ; on finit même par dire des solitaires qu’ils ont bien eu raison de ne pas se mêler à la moisissure humaine. Qui a tort, qui a raison ; la réponse demeure difficile à déterminer. Choisir le juste milieu ; décider de se laisser vivre en donnant également un peu de soi. Après tout, quand nous serons pauvres, malades, tués à la tâche, qui viendra prendre notre place pour sauver le démuni ? Apprendre à faire la part des choses et accepter que si l’on vit, c’est aussi pour soi.

Ethan, dans cette description, n’aurait pas trop su où se situer. Par dévalorisation, cette mauvaise habitude qu’il avait commencée à prendre depuis quelques mois seulement, il aurait dit de lui qu’il n’était rien d’autre qu’un pur égoïste. Ne plus regarder les autres. A quoi ça servait de toute façon ? Il pensait alors à Noah. Certes, il avait tenté de l’aider, comme il le pouvait, puis avait finalement choisi de laisser faire un centre plus adapté aux conditions de son frère. La raison ? Lui-même, sa vie. Un jour, il avait décidé qu’il arrêterait, qu’il ne s’occuperait plus des autres. Pour que ce soit plus facile, il n’avait plus cessé de se plonger dans les livres de la bibliothèque, se construisant un savoir un peu plus important à chaque fois. Mais tout ça l’avait coupé du monde et de la réalité. Aujourd’hui, il ne savait plus trop où il en était. Une fois encore, il avait le choix… pour son père. Respecter sa dernière volonté et mettre dans sa poche sa rancœur, ou bien le laisser pourrir dans une quelconque fosse commune, loin de leur mère. De la même manière, seul dans le cachot en compagnie de Dive, c’était un nouveau choix : s’ouvrir ou bien resserrer la barrière qu’il avait construite. Aussi, son attitude en classe poussait généralement les élèves à le détester quand lui les méprisait. Une méthode, comme une autre, parce qu’il a décidé de s’en foutre, et qu’en même temps… haïr quelqu’un nous pousse parfois à mieux avancer, pour lui en mettre plein la figure, revendiquer son importance, son droit à la réussite. Et pour lui, Ethan, se faire détester comme ça, ça avait le goût du regard qu’avait posait Noah un jour sur lui ; ce fameux jour où il avait décidé que non, il ne l’aiderait plus et qu’il tenterait de sauver sa vie comme il le pourrait.

Orphelin. C’était une chose que le professeur connaissait… en partie seulement. Jusqu’à ses onze ans, Ethan avait bénéficié de la présence d’un père et d’une mère aimants. Puis le premier avait subitement disparu, laissé pour mort ; la deuxième, trop fatiguée, tuée d’amour, s’était laissée mourir lentement. Orphelin, à l’adolescence, nouveau père d’un gamin qui ne rêve même plus et qui déteste la vie pour ce qu’elle lui a pris, aujourd’hui Ethan McLorgan était comme Dive Storm-Thacker, un orphelin. A la différence que son père avait finalement refait surface un jour, même si c’était pour ne plus être des leurs à présent ; aussi, Dive avait été orphelin depuis plus longtemps, depuis toujours en fait. Ce gosse était un abandonné à la naissance, et au fil des années, s’était avéré être une épave entière à construire. L’impossibilité de se connaître parce que l’on avait souffert de l’absence de ses parents, Ethan pensait que la chose était tout-à-fait possible. C’était sans doute le cas avec Dive.
Il ne dît rien. Il ne posa pas d’ailleurs un regard sur l’enfant. Ça n’aurait pas été de la pitié, probablement un peu de compréhension et de compassion, mais Dive n’en avait sans nul doute pas besoin. C’était un dur, ce Dive, il ne devait pas avoir envie de subir ce genre de partage de sentiments. D’ailleurs, son ton et sa langue qui se tira prouva bien qu’il avait fait le bon choix en ne se manifestant pas. Par habitude, il adressa une léger regard noir au gamin, pour son comportement un peu sauvage. Relevant les yeux vers lui, c’est ainsi qu’il s’aperçut que les cheveux de Dive lui tombaient sur le visage, défaits du bandeau qui les retenaient auparavant. Il ne tarda pas à le remettre, un détail qui au final, ne s’imposait pas vraiment à l’esprit d’Ethan. Seulement il pouvait prendre compte de ce léger changement, cette légèreté, ce côté… peut-être… moins sauvage

Le sang, c’est vrai que c’était important pour certaines personnes. Devait-on les blâmer pour leur manque d’ouverture d’esprit ? Peut-être. Et en même temps, dans une famille descendante d’une longue lignée de sorciers, peut-on vraiment s’attendre à ce qu’ils acceptent qu’un beau jour la continuité soit rompue ? Le sang, c’est peut-être une part de l’identité. Se dire qu’on est le mélange de telle et telle entité humaine, elle-même descendante d’une autre, etc… Ainsi, on peut remonter loin ; ainsi, on sait à qui l’on appartient quand on est enfant, qui devrait prendre soin de nous, nous border le soir, nous aimer. L’identité, ça a de la valeur. A une époque, bien sûr ça avait de l’importance d’avoir un sang pur. Ça permettait d’avoir plus de terres que les autres, plus de privilèges ; l’histoire s’écrit comme ça : elle met en scène la suprématie d’une poignée sur une majorité qui un jour se rebelle pour chercher l’égalité. Aujourd’hui, le sang n’avait plus tellement d’importance ; sauf pour certains encore trop snobs pour avouer qu’ils sont au même rang que les sang-mêlés ou les nés-moldus.

Le papier, dans sa poche. Un petit bout de son histoire, de son identité. Celle qui livre les secrets, qui pousse aux silences. Il pensa à Seth ; il aimerait bien lui en parler, un soir, allongé entre ses bras, les baisers de l’autre le couvrant d’amour. Se décharger un peu de cet élan de haine contre son géniteur, ce lâche, et contre lui-même aussi, refusant d’aider soin frère, d’oublier le passé, refusant de pardonner. Il se haïssait lui-même au fond ; d’être tout aussi lâche, égoïste, moche, et… amoureux ? S’en voulait-il vraiment pour ça ? La réponse lui vint, accompagnée d’une élan de chaleur dans son cœur qui le fit sourire, probablement niaisement. S’il devait être fier d’une chose aujourd’hui, c’était bien d’être amoureux, même si cela impliquait de l’être d’un autre homme. Et puis, c’était Seth après tout, il était bien plus qu’un simple humain à ses yeux.

La question de l’autre le tira de sa rêverie. Une fois encore, il était question d’identité. Le sang. Il devait à son père son côté sorcier. De sa mère, il détenait son côté moldu inexploité. Peut-être qu’être de sang-mêlé aide davantage à se tenir à distance de cette arrogance de sang-pur.

« Mon père était sorcier ; ma mère, elle, était moldue. Mais elle n’a jamais eu de mal s’adapter. Du coup, seul le fait qu’elle n’avait pas de baguette magique montrait qu’elle n’était pas sorcière. »

L’imparfait ; tous deux étaient morts, c’est vrai. Son père avait trouvé plus classe de le faire une seconde fois, voilà tout. En y pensant, il se dirigea vers son bureau et prit une plume et un bout de parchemin.

Noah,

Bien que tu m’en feras une montagne ; je prends l’enterrement à mes frais. Ne t’occupe de rien, tout sera arrangé.
Devant ton insistance, je me vois également obligé de t’accompagner. Je serai donc directement sur place. Pas de chapelle pour moi, tu sais très bien que je n’ai jamais aimé ça.
Bien à toi,
Ethan.

PS : Prend soin de toi.


Il enverrait le tout un peu plus tard, en en confiant la tâche à La Flèche. La question de Dive ne lui parut pas si lointaine. Il n’avait pas vraiment pris le temps de réfléchir à ce qu’il écrirait, s’était contenté de gribouiller deux trois choses, encore incertain de sa décision d’accepter que l’on enterre un homme tel que son père aux côtés de leur mère. Encore, il pensait que c’était un bien grand cadeau qu’ils allaient lui faire ; bien plus qu’il ne l’aurait jamais mérité. Peu importe de toute façon… Noah était encore un peu trop jeune pour se soucier de tout ça, de la paperasse, des frais, de tout ce qui approchait la mort d’un de leurs parents. Revenant plutôt à Dive, sa façon de parler, vulgaire, le chiffonna un peu. Levant les yeux au plafond d’abord, il les reposa sur lui, un peu plus sombre.

« Si vous voulez enseigner un jour, il faudra tôt ou tard apprendre à vous exprimer de manière correcte, Dive. Je le reconnais, je parle un peu comme un snob et vous n’avez aucune raison de faire pareil, mais soyez au moins bon exemple pour vos futurs élèves... »

C’était peut-être un reproche de plus qu’il aurait dû éviter de faire. D’une certaine façon, c’était davantage un conseil qu’un blâme. Et si le gamin souhaitait vraiment intégrer l’école plus tard, dans son nouveau rôle de professeur, il se devrait bien de se plier à quelques règles. Afin d’amoindrir l’impact de sa remarque, Ethan revint sur l’affirmation incertaine de Dive :

« … Mais vous devinez juste ; que l’on soit né-moldu, de sang-mêlé ou bien de sang pur, il n’y a aucune différence quant à la magie. C’est bien que qui était exaspérant chez les nobles sangs-purs ! Vous n’avez donc pas à vous en soucier pour votre niveau. Et puis… votre retard n’a aucun rapport avec ça. »

Il prit un temps avant de reprendre, marquant une pause pour contempler le jeune surveillant. Son regard vert le bouleversa, une fois encore. Les yeux de Noah, les yeux de sa mère s’y reflétaient. Il racla un peu sa gorge, comme pour éclaircir sa voix.

« Nous… nous devrions peut-être songer à planifier nos cours. Il serait bon que vous commenciez par lire d’abord les quelques ouvrages que je vous ai donné. Ainsi nous pourrions voir ce que je vous enseignerai durant nos rendez-vous. Vous pouvez tout aussi bien vous entrainez dans votre chambre également. »

Replaçant légèrement ses lunettes sur son nez – il lui arrivait parfois d’oublier qu’il les portait, malgré l’épouvantable vue qu’il avait sans elles – il reprit une plume et se mit à griffonner.

« Nous pourrions peut-être partager la semaine et les séances en diverses matières. Nous passerions davantage de temps sur la pratique de sortilèges, un peu moins sur les potions, quant à la théorie, l’histoire de la magie, je vous laisse aux livres que je vous ai recommandés. Vous pouvez toujours me poser des questions si besoin. Que pensez-vous de tout cela ? »

Relevant légèrement les yeux pour le regarder, Ethan avait un peu l’impression de donner trop de directives pour le jeune surveillant qui, il commençait à le comprendre, n’approuverait probablement pas d’être considéré comme un élève. Lui demander son avis, il l’espérait, l’aiderait peut-être à se sentir davantage concerné, et lui ferait comprendre que lui-même avait son mot à dire dans cet apprentissage improvisé.
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Ven 1 Juil - 8:12

Une famille. Techniquement, cela est une contrainte de naissance. Un poids que l’on semble se traîner. Il s’agit là d’un de ces nombreux choix que l’existence fait pour vous et vous ne pouvez rien en dire. Même si vous le pouviez, qui vous écouterait ? Il n’y a pas de famille parfaite, juste des concepts différents qui nous touchent plus ou moins. Certains vivent pour leurs proches de sang. D’autres s’en écartent. Et il y a ceux qui ne les connaissent même pas. Selon le garçon, cela n’avait rien de dramatique. Connaître ceux qui l’avaient abandonné ne l’intéressait guère. A l’orphelinat, il y avait un atelier qui consistait à imaginer une raison pour l’abandon. Une douce, sublime et impossible. Dive n’avait jamais cherché à se prêter au jeu. Il avait accusé ses géniteurs avec toutes les inventions cruelles qui lui venait, sans la moindre honte. De la rancœur, voilà ce qui habitait son cœur à cette époque. A présent, plus rien ne restait à ce sujet. Juste un vide qui ne se comblerait jamais. Un de plus. Le jeune homme n’avait pas besoin des liens du sang. Il y avait des gens qui comptaient pour lui et qui étaient tout ce qui importait. Ce père adoptif mort mais toujours vivant dans son esprit. Cette sœur fantasque et un brin effrayante toute aussi perdue que lui, ou encore ce sadique qui n’avait jamais été aimé et qu’il surnommait son frère. Ce fragile équilibre qu’il menait avec eux n’avait rien de commun avec un miracle ou une félicité quelconque. Et c’était tant mieux. Les miracles n’existent que pour les fous incapables de se contenter de ce qu’ils possèdent durant l’instant présent.

Ainsi, au sujet de son aîné, son raisonnement était juste. De façon simplement instinctive, et logique, le surveillant était parfaitement en mesure de comprendre les choses après tout. Enfin, lorsqu’il acceptait de croire en ses propres capacités, ce qui était rare. Son regard vert s’était posé sur ses baskets lorsque le son d’une plume grattant sur un parchemin attira son attention. L’autre rédigeait. Mais quoi ? Cela, ce n’était pas ses affaires. Dive n’était pas un fouineur et il n’était pas le genre à se rapprocher pour lire par-dessus l’épaule d’Ethan. Cependant, la pensée que ce qu’il écrivait puisse avoir un rapport avec leur conversation le traversa. Avant de disparaître dans les méandres de son cerveau, qui était déjà passer à autre chose. La concentration était un de ses points faibles les plus mesquins. Un qui frappe sans prévenir n’importe quand.

La remarque sur sa manière de s’exprimer lui arracha un grognement et sa langue se tira. Ce fut à cet instant qu’il réalisa qu’il était en train de confirmer son aîné dans son incapacité à être politiquement correct et sa langue retourna sagement dans sa bouche. Plus tôt, sa façon d’articuler les mots, ainsi que son choix de vocabulaire, avaient semblé s’améliorer. Cela restait malheureusement quelque chose d’assez rare, qui ne se déclenchait que lorsque le besoin d’être sérieux se faisait trop fort. Le mécanisme était lié à son estime de lui-même, ce qui l’empêchait de se déclencher bien souvent. Et puis, être vulgaire, cela l’amusait, lui donnait l’impression d’être encore plus rebelle qu’il ne l’était. Cela allait bien avec son absence de maturité, le rôle qu’il s’était imposé de façon inconsciente à force d’être rejeté par la majorité du monde.

« Fuck off ! S’ils sont pas contents, ils auront qu’à aller s’faire voir ! »

Immédiatement après avoir parlé, le gamin réalisa son erreur et soupira. Les mots étaient sortis tous seuls, une fois de plus. Cela, il n’avait même plus à le dire, c’était évident. Se corriger lui demanda quelques instants, ce qui autorisa son aîné à poursuivre ses explications. Tiens, pour ça aussi, il avait raison. A croire que son esprit fonctionnait étrangement bien en ce jour.

« J’ferai un effort avec les mômes ! »

La façon dont le professeur énonça à quel point les nobles de sang-pur étaient agaçant était intéressante et une lueur d’amusement traversa ses yeux teintés par la magie. On lui avait toujours répété que les professeurs ne devaient pas donner leur opinion en expliquant les choses mais Dive songea que c’était mieux lorsqu’ils le faisaient. Là, il avait une conversation avec quelqu’un. Ce n’était pas qu’une leçon monotone mais un échange. Confusément, cela lui plaisait, même s’il ne réalisait pas vraiment en quoi pour l’instant. Après, l’adulte ne se comportait sans doute pas ainsi durant ses cours. Là n’était cependant pas la question. L’instant présent comptait bien plus que ceux qui ne le regardait pas. Celui qui se considèrait encore comme un adolescent se contenta d’un hochement brusque de la tête qui fit, une fois de plus, craquer sa pauvre nuque. La suite fut cependant différente. Des explications, des obligations aux allures de contraintes, s’amassant comme un poids. Trop de choses étaient imposées tandis qu’Ethan énonçait ce qui allait devoir être fait. Ca l’avait toujours insupporté ; l’ordre, les choses bien organisées. Cela se lisait à la moue un peu ennuyée qui se formait sur ses traits, à sa façon d’écouter sans répondre. Le scolaire en lui-même ne l’intéressait pas. Bien sûr, apprendre était l'un de ses buts principaux. C’est la méthode qui lui posait un problème.

Tandis qu’il réfléchissait à une façon d’expliquer son ressentiment envers ce type de méthode, le voyou s’était assis sur une table, de nouveau, tout en fixant le mur, soit en étant dos à Ethan. Cela pour garder sa concentration. Le vieux était un brin déstabilisant au final. Même si Dive n’aurait avoué cela pour rien au monde. Et puis, de façon brusque et dénuée de sens, le garçon se laissa tomber en arrière, se retrouvant la tête en bas. Heureusement, ses jambes avaient plutôt bien accrochées la table et cette dernière était haute. Sans quoi il se serait éclaté le crâne contre les dalles de la pièce. Et, à la question ‘Est-ce que Dive y avait songé ?’ la réponse est négative, comme d’habitude. La position ne lui posait en elle-même aucun problème. Il s’était tenu de cette façon un paquet de fois dans son existence, surtout lorsqu’il était gamin. Le plus drôle était de le faire sur les barres du terrain de jeux, mais les murs remplissaient également plutôt bien le rôle de support. Sans compter que le corps enseignant semblait apprécier qu’il se retrouve la tête en bas ces derniers temps.

« J’vais lire les bouquins. J’adore lire ! »


Une pause fut marquée tandis qu’il rattrapait son bandeau, qui ne semblait guère apprécier la position. Bah, au moins, la tête en bas, le jeune rebelle ne risquait plus d’avoir sa chevelure devant ses yeux. Bon, à présent, il était de nouveau en mesure de se concentrer sur son aîné. Enfin, dans la limite du raisonnable. Celui qui faisait la guerre aux chaises, et cela depuis plusieurs années visiblement, songea à ce qui était proposé pendant une bonne minute avant d’écarter les lèvres pour fournir son avis.

« Pas tous les fucking jours quand même vos cours, hein ? Et puis, j’veux apprendre les potions autant qu’les sortilèges ! Faisons un cinquante-cinquante ! L’jeudi, par exemple, j’viens vous voir pour les questions sur le reste. »


Réfléchissant à ce qu’il venait de suggérer, Dive songea que cela lui paraissait équilibré. Après tout, des gamins attendaient impatiemment qu’il les torture, donc il n’était pas en mesure de consacrer tout son temps libre aux études, un brin tardives, qu’il pratiquait en compagnie de ce sympathique professeur de potions au regard souvent meurtrier. Sa langue se tira d’ailleurs de nouveau à ce dernier, sans la moindre méchanceté. Sa position n’était pas des plus pratiques et, outre le fait que sa baguette était tombée de sa poche et gisait à présent sur le sol, son débardeur, sous sa chemise ouverte, remontait légèrement, laissant voir quelques ecchymoses. Un véritable patchwork, ce garçon.

« En échange, vous voulez un truc, ‘Than ? »


Sa demande était des plus innocentes. Après tout, de là d’où il venait, les services n’étaient jamais gratuits, alors autant proposer de l’aider à son tour. Même s’il ne songeait pas un instant pouvoir être d’une quelconque utilité envers ce maître de la magie. Tiens, à ce sujet… Quelque chose lui revint alors en mémoire et il s’adressa à son aîné tout en tentant de ramasser sa baguette de sa main gauche, se tordant presque le bras au passage.

« Et la magie noire, j’l’apprends quand ? »

Les enfants. Vous pouvez tenter autant que vous le voulez de détourner leur attention, ils savent revenir au sujet principal très facilement. Finalement, le jeune surveillant parvint à agripper sa baguette, après avoir tenté pendant plusieurs minutes de le faire en alternant ses mains. Dive avait la particularité d’être ambidextre sans même s’en rendre compte. Et dans tous les domaines. Malheureusement, le pauvre garçon ne connaissait pas le mot et avait toujours songé que c’était quelque chose de parfaitement normal de pouvoir utiliser ses deux mains pour tout.


Dernière édition par Dive Storm-Thacker le Sam 2 Juil - 1:08, édité 1 fois
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Ethan McLorgan
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Ven 1 Juil - 11:47

Quand on pensait à ces choses qui s’imposent d’elles-mêmes pour façonner notre vie, il était évident que la famille dans laquelle nous naissions en faisait partie. Comme dit l’adage, on ne choisit pas sa famille mais on peut choisir ses amis. Il arrivait parfois à Ethan d’y penser. Comme tout le monde, il n’avait pas choisi. Le hasard avait égoïstement décidé que seule l’union d’Eckhart McLorgan et de Sinead Ó Meadhra donnerait naissance aux petits Ethan et Noah. Il aurait volontiers accepté de ne jamais avoir le père qu’il avait eu, mais un autre qui, lui, ne serait pas parti et n’aurait pas détruit leur famille si heureuse jusque-là. Certes, s’il n’avait pas été là, Ethan et même Noah n’aurait jamais existé. Pourtant, lorsqu’il était encore jeune, le garçon qu’il était aurait adoré qu’un de ses copains d’époque lui prête son père. Naturellement, jamais la chose ne fut proposée, jamais Ethan n’eut un autre géniteur que le sien. Un jour, il était parti, mort. C’était ce que tous croyaient. Tous les souvenirs qu’il avait de cette figure paternelle s’étaient envolés pour laisser place à une incompréhension du monde. Pourquoi perdait-on les gens auxquels on tenait ? Quand on est encore un gamin, on ne comprend pas ces choses, on ne les accepte pas. Non, tout ce qui avait été construit avec son père s’était envolé le jour de son soi-disant décès. Sa famille, on ne la choisit pas, non. Lui, il regrettait son père parce qu’il n’en gardait plus rien que l’image d’un homme qui les avait abandonné une première fois, saccageant tout sur son passage pour revenir après comme si de rien n’était.
Mais dans son malheur, il était également le fils de Sinead, l’Irlandaise. Bien qu’il ne parlait pas de sa patrie très souvent, Ethan reconnaissait aimer son île pour ce lien qu’elle avait avec la douce Sinead. A elle-même, elle était un symbole d’espoir avant de céder à la renonciation et de porter la tenue de martyr. Avant sa perdition, Sinead avait tout d’une bonne mère attendrissante, joyeuse de vivre, aimante. La parfaite épouse dévouée, le figure maternelle prête à tout pour ses enfants. Ethan avait gardé en lui tous les souvenirs se rapportant à elle. Bizarrement, même après sa mort, rien n’avait réussi à entacher l’amour qu’il lui vouait.
Il avait eu aussi un frère, Noah, qui s’était construit un peu à la figure de son frère lors des dix premières années, avant de sombrer dans la délinquance. C’était une réaction banale pour un gamin qui avait perdu son père puis sa mère. Ethan n’avait pas choisi une fois encore de devenir un père de substitution aux alentours de ses seize ans.

L’exemple. C’était important. Autant il en avait été un, involontairement, lorsqu’il était plus jeune et que le petit Noah avait cherché à s’identifier à quelqu’un ; autant une fois orphelins, il avait tenté de lui montrer la marche à suivre, en vain. Le centre avait eu plus de succès pour ça. Pas lui. Quand il y réfléchissait, il se demandait quel exemple il aurait pu donner à son frère. Celui d’un gamin qui se cache dans les bouquins pour se protéger du monde ? Au final, ça n’avait jamais vraiment rien eu de tentant. Et puis de toute façon, il avait abandonné.
Donner l’exemple. C’est ce qu’il essayait de faire également ce soir-là avec Dive. Ne plus se mutiler, modérer ses propos, se tenir tranquille, travailler, apprendre, garder sa baguette à la main, etc… autant de règles qu’il était en train de lui ancrer dans la tête. Du moins, c’était ce qu’il essayait de faire. Et pourquoi ? Parce qu’il faut toujours une figure d’autorité sur laquelle se baser. Il n’admettait pas en être une bonne, mais pour Dive, il prenait un peu la place que Joan Speeley avait pris pour lui plus tôt : celle d’un mentor. C’était involontaire ; ça, il ne s’en rendait pas compte, il aurait détesté cette idée.

Dive semblait comprendre, finalement. Lui-même plus tard, s’il voulait devenir professeur d’Histoire de la magie, aurait à donner l’exemple. Pour cela, il aurait certes besoin de produire un grand effort ; mais Ethan ne doutait pas que le garçon puisse y arriver. Et pourtant, lorsqu’il commença à énoncer les différents travaux et obligations que comporteraient l’apprentissage du surveillant ; il lui sembla bien déceler une pointe de réticence chez le gamin. Dive n’avait plus rien d’un élève. Peut-être était-ce cela qui le rebutait. Cette bonne vieille méthode que l’on instaure pour encadrer ce troupeau de bêtes ahuries. Sans berger, sans enclot, tous s’éparpillent et n’écoutent rien. Bon, Ethan n’aimait pas vraiment comparer les jeunes sorciers à des animaux, et pourtant, seuls livrés à eux-mêmes, c’était un peu ce qu’ils étaient. Alors oui, elle était utile pour des enfants de première, deuxième ou même troisième année ; mais il en était sans doute autrement pour Dive qui semblait bien ne pas s’accorder avec le système scolaire. Par ailleurs, le doute subsistait. Le surveillant avait encore quelque chose de sauvage dans son caractère, comme ces gamins que l’on ne maîtrise pas. Son attitude elle-même à ne pas savoir tenir en place le prouvait.

Ethan leva les yeux au plafond, exprimant un soupir en voyant le jeune gamin la tête en bas, perché sur une table. Comme il le pensait, il n’était pas capable de se maintenir plus d’une minute à un même endroit sans se mettre dans une position inadéquate. Sans doute était-ce sa manière de marquer sa désinvolture et son refus de se coller à une méthode trop classique. Ou peut-être rien de tout ça. Ethan faisait partie de ces enseignants nouveaux qui essaient de trouver le meilleur moyen d’apprendre quelque chose aux nouvelles générations. Pour cela, tout en gardant un peu de la méthode souche, il se permettait de s’en échappait un peu, par moment. Son caractère vicieux et sombre, narquois et supérieur, froid et strict, c’était un peu de son propre chef. Certes, tout cela collait plus ou moins avec l’identité qu’il s’était construite au fil des années ; par conséquent, c’était plus facile d’en user durant ses cours.
Le laissant ainsi gaspiller son énergie, Ethan, ne fît rien, écoutant la réponse du gamin. Travailler tous les jours seraient bien évidemment trop exténuant et pour Dive, et pour Ethan. A croire que le surveillant était capable de réfléchir dans cette position. S’il savait à peu près se canaliser, c’était déjà ça.

« Non, se voir tous les jours seraient une mauvaise idée, vous avez raison. Vous en auriez vite assez de mon autorité, et moi de votre cirque avec les tables et chaises. Si nous comptons donc le jeudi pour les questions concernant vos lectures, nous pourrions ajouter un soir ou deux pour la pratique. »

Le professeur était assez content de voir que Dive voulait tout apprendre autant la potion que les sortilèges. C’était un peu rare généralement de voir des élèves assoiffés de découvertes. Comme il s’agissait de sa propre matière, il en éprouvait donc une légère fierté. Pourtant, il n’en montra rien.

« Pour les potions, je vous fournirai un chaudron, que vous entretiendrez vous-mêmes, et quelques ingrédients basiques. Certaines prendront plus de temps que d’autres ; il faudra apprendre à gérer notre temps. »

Ça n’avait pas grande importance tout ce qu’il disait ; mais en même temps, il rédigeait ses idées sur un parchemin, afin d’en garder une trace écrite.
La proposition du gamin le surprît alors. Que voulait-il dire par quelque chose en échange ? Ethan ne s’y était pas attendu. Après tout, en tant qu’en enseignant, il ne demandait jamais rien à ses élèves, ou du moins, seulement qu’ils fassent leur travail, et bien. Sans doute que Dive, lui, fonctionnait ainsi. C’était peut-être une habitude qu’il avait pris de ne jamais obtenir quelque chose sans une contrepartie. Il n’en était pourtant pas question pour Ethan. Du moins, avec un malin plaisir, une petite idée lui vint, qui, sans pour autant être prise au sérieux, était davantage faite pour taquiner le gamin.

« Et bien… vous pourriez peut-être apprendre à vous servir d’une chaise. »

Son ton était un peu froid. Une fois encore, il ne le contrôlait pas. La sympathie et la douceur d’un moment de légèreté lui était trop inconnu pour qu’il puisse agir en conséquence. Ici, il n’était que le professeur de potions, reconnus pour sa discipline. Afin de cacher un peu cet effet non voulu, il tenta un léger sourire avant de se reprendre.

« Non, plus sérieusement, Dive, je n’attends rien de vous. Non pas que vous n’êtes pas intéressant mais… »

Les mots semblaient lui manquer. Le pire étant qu’il donnait un tout autre sens à ses propos qu’il ne l’aurait voulu. Soudainement gêné de ne plus savoir s’exprimer, il passa sa main gauche dans ses cheveux, les ébouriffants un peu avant de les laisser retomber sur son visage. Bêtement, il s’en trouvait déstabilisé.

« …Merci de votre offre, mais il n’était pas question d’échange. »

L’atmosphère retrouva bientôt son naturel lorsque le garçon évoqua la magie noire. C’est vrai que les jeunes ne retenaient que ce qu’ils voulaient. Dive n’avait rien oublié du début de leur conversation mais c’était contenté de le placer dans un coin de sa mémoire pour l’exploiter à nouveau plus tard. La magie noire. C’était séduisant, et il n’en voulait pas au gamin de s’y intéressait. Lui-même l’avait étudié, afin d’accroître ses connaissances et de se faire une idée plus nette de ce qu’était la magie et où en était les limites.

« Vous savez, la magie noire, tout comme la magie blanche, est quelque chose de très relatif. Tout à l’heure, vous disiez que vous auriez pu m’infliger le sortilège de l’Impérium. Voilà un sort qui touche à la magie noire, car par nature, il est fait pour nuire à autrui. La magie, elle, est à la base neutre. Tout dépend ensuite de l’impact que vous lui donnez. Si vous voulez faire du mal, notamment à un innocent, alors votre magie aura un caractère maléfique. Tout ne dépend que de l’usage que vous faites de vos sorts, de vos potions… c’est, c’est assez abstrait je le reconnais. »

Il ne savait pas trop où il se devait de s’arrêter. Bien que Dive semblait curieux de découvrir la magie sous toutes ses formes, il était peut-être dangereux de l’introduire directement dans ce chemin. Beaucoup d’élèves avaient du mal à reconnaître la limite entre le bien et le mal. Certaines écoles même avaient des cours visant à enseigner la magie noire.

« Pourquoi cela vous intéresse-t-il donc ? Pour un départ, je vous conseillerai plutôt de vous centrer sur la magie neutre. Après, plus tard, nous pourrons scruter les choses avec plus de profondeurs si vous le voulez toujours. Mais comprenez bien qu’il serait dangereux de vous initier dès maintenant à la magie noire alors que vous n’êtes pas encore… à l’aise, avec la magie. »

Il hésita un moment, puis continua.

« La magie noire, tout comme la potion que vous avez refusé pour vous soigner, c’est une affaire de facilité. On se laisse bien vite séduire par le panel de possibilités qu’elle offre. Si vous laissez votre conscience de côté, elle vous enveloppera dans un voile si sombre que vous aurez du mal à vous en échapper. Beaucoup perdent le contrôle en l’étudiant. Je vous conseille donc la prudence. »

Il l’avait bien aperçu plus tôt dans la soirée, Dive était assez dégoûté par la puissance de la magie. Il espérait un peu avoir calmé cette soif de connaissance qui pouvait être malsaine selon qui voulez l’acquérir.
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Sam 2 Juil - 1:09

Se rebeller contre la société était un truc de gamins, de gosses un peu paumés qui n’ont pas envie qu’on leur impose les choses mais qui n’ont pas non plus le courage de les changer. Si cela était le cas, s’ils étaient assez forts pour tenter de faire bouger les choses, alors l’on était en mesure de les prendre au sérieux et de ne pas juste les voir comme une bande de parias. Cela n’arrivait pourtant que rarement. A l’adolescence, les règles deviennent un poids, un enfer. L’on est trop vieux pour se laisser guider et pas suffisamment mature pour être en mesure de trouver notre propre voie sans aide. Ce paradoxe habitait l’esprit du garçon depuis des années, un peu trop. Lui avait vu un ennemi dans ceux qui l’entouraient bien avant son adolescence, qui n’en avait pas été véritablement une par ailleurs. Dive ne s’était jamais rangé dans une tranche d’âge précise. Pour ne pas dire qu’il lui arrivait encore fréquemment d’agir comme un gamin, même aujourd’hui. Alors que, petit, il avait tendance à se montrer moins enfantin. Ne pas jouer avec les autres, rester dans son coin et songer que le monde était cruel et stupide. Comme un adulte rentrant d’une journée de travail trop complexe. On l’avait nommé paria à cause de son regard à l’époque où personne ne connaissait encore le sens de ce terme et il avait passé son existence à se faire juger, pour ça et pour tout le reste. Et, au lieu de l’inciter à changer, cela lui donnait plutôt envie de bafouer les règles jusqu’au point de non retour. Pour leur prouver à tous qu’il pouvait aller encore plus loin, quitte à finir par se détruire. Inconscient, enfantin et brutal, des adjectifs allant plutôt bien ensemble, en un sens. Certes, il avait teinté ses prunelles avec la magie mais cela n’était que temporaire. Jamais le jeune homme n’aurait osé rejeter ce qu’il était aussi radicalement. Cela ne lui ressemblait pas. Etre dans cette école était une ironie plus qu’effrayante. Représenter cette fameuse autorité qui lui donnait envie de tout détruire lui semblait débile, dénué de sens. Pourtant, plus les jours passaient, plus il songeait qu’il apprendrait à s’y faire. Après tout, pour le peu d’années d’existence qui lui restait, il pouvait bien essayer de faire quelque chose de bien. Même si cela n’était à la base qu’une fuite, le garçon commençait à se dire qu’il arriverait à en profiter. Savoir saisir sa chance était un truc qu’il n’avait jamais réussi à faire, mais à présent, ça allait changer.

Quoique le programme pour devenir enseignant et rattraper ses lacunes n’avait rien d’une partie de plaisir pour l’instant. Avec autant de calme que possible, le jeune homme écoutait son aîné lui expliquer de quoi il allait avoir besoin pour pratiquer le domaine complexe des potions. Et la première pensée du surveillant fut qu’il allait forcément faire exploser un truc. Et que ça serait sans doute fun. Après tout, s’il était en mesure de s’entraîner dans sa chambre sans personne pour le surveiller… Se ramenant à la réalité par un coup sec de baguette sur le dos de sa main, Dive cligna les yeux tout en observant Ethan. Dans sa position, il lui semblait plus grand. Ce qui l’agaça légèrement. Il en avait marre que tous les vieux le dépassent. En guise de réponse, un simple hochement de tête, moins brusque que précédemment, fut offert.

La remarque sur les chaises lui arracha une grimace et, durant un moment, il fut persuadé que l’autre était sincère dans son mécontentement. Et les traits du garçon se tordirent alors en une moue ennuyée tandis qu’il marmonnait quelque chose à propos de l’inutilité de ces trucs. A quoi bon s’asseoir dessus alors que l’on possédait des tables qui faisaient très bien l’affaire ? A l’instant où une réplique cinglante allait s’échapper de ses lèvres, Ethan lui fit comprendre que ce n’était qu’une plaisanterie. Ne possédant pas un sens de l’humour très développé, pour ne pas dire que le surveillant prenait pratiquement tout au premier degré, il ne s’attendait pas à ce que son aîné lui dise ça. Cela le gêna un peu et ses reproches moururent dans sa gorge. En un sens, il avait de toute façon tort. Dive était au courant que sa position était incorrecte, il refusait juste de se l’avouer.

« Ca m’va ! »


Une réponse des plus simples qui semblait, en même temps, assez adaptée à la situation. De toute manière, la conversation commença alors à dévier sur la magie plus sombre que les ténèbres et l’attention du plus jeune fut de nouveau captée. Décidemment, ce garçon était parfaitement capable d’écouter lorsqu’il était intéressé. Le reste du temps, par contre, la moindre information lui passait au-dessus de la tête. Tout en prêtant attention aux paroles du professeur, le gamin lança sa baguette, la faisant retomber sur la table, pour ensuite poser ses paumes le sol. Ses jambes quittèrent leur support et il se retrouva, durant une poignée de secondes, à faire la perche, avant de se laisser tomber les jambes en avant. Poser ses pieds par terre et se redresser ne lui posa pas le moindre problème. Certes, il n’avait jamais pratiqué l’art complexe de la gymnastique, mais à force de se battre et d’esquiver des façons les plus improbables possibles, il avait gagné une certaine souplesse. Calmement, le sale gosse fit volte-face vers Ethan. Le plus étonnant était sans nul doute qu’il n’avait pas cessé de l’écouter tout en se remettant debout. Ce qui signifiait qu’il ne faisait vraiment pas assez attention à ses gestes. Sans nul doute se reposait-il bien trop sur son adresse naturelle.

Le bien. Le mal. On en revenait toujours à ce type de notions étrange. En grognant, Dive se mit à genoux, croisant les bras sur le bureau de son aîné, sans le quitter du regard. Sa chevelure sombre dansait de nouveau devant ses yeux teintés et cela était pénible. Cependant, il préféra ne pas y toucher, se disant qu’il pourrait remettre son bandeau dans quelques minutes. A cet instant, son esprit était trop concentré sur la réponse qu’il allait fournir.

« J’crois pas en l’bien ou l’mal. Maléfique, c’est qu’un fucking terme employé par ceux qui ont décidé que c’était pas bien ! Et, à cause de quelques enfoirés, c’est interdit et on y peut rien. »


Son ton était agressif, sans qu’il ne soit en mesure de dire pourquoi. La conversation lui semblait passionnante, pourtant. C’était juste que son point de vue n’était en accord avec celui de l’enseignant et il était plus ou moins persuadé que l’on allait pas écouter ce qu’il disait. Après tout, les gens ne croient qu’en eux-mêmes et pas en l’avis de ceux qui les entourent.

« J’veux l’apprendre parce que c’est différent. Puissant mais flippant, cool mais dangereux. Et parce que j’suis pas fucking faible et que j’pense que j’pourrais y résister ! J’aime pas la magie, j’veux juste en savoir le plus possible à c’sujet. C’est pas parc’que j’apprends des tas d’trucs que j’vais forcément m’en servir ! Et puis, comme être un bon prof si on a pas tout tenté ? »


Rah, son explication n’était absolument pas claire. Agacé, Dive se frappa le front contre le bureau, sans trop de force, avant de nouveau y croiser ses bras. Se faire mal ne le calma pas le moins du monde. C’était juste un réflexe idiot qu’il n’arrivait pas à perdre. Il se sentait totalement stupide face à ce type qui savait bien trop de choses et qui le traitait comme un gamin. Quoique non, comparé à d’autres, Ethan était plutôt… Agréable. Sensé tout du moins. Moins acide, disons. Enfin, tout restait plus que relatif. La conversation fut alors détournée par le gamin qui le fit sans s’en rendre le moins du monde compte.

« Pour les chaises, j’vois pas l’intérêt ! »


Réfractaire un jour, réfractaire toujours. Profitant de sa position, qui lui donnait une vue parfaite sur le bureau de l’adulte, le garçon observa ce qui s’y trouvait rapidement. Bah, pas grand-chose d’intéressant. Aucun truc avec lequel il aurait pu jouer pour passer le temps. Un soupir lui échappa. Pourquoi avait-il toujours besoin de bouger comme il le faisait ? De ne jamais se fixer nulle part ? C’était pénible à force.

« Z’avez dit plus tôt que c’était un cirque, c’que j’faisais. Ben, pour le peu d’années où j’suis allé dans une fucking école, quatre ou cinq j’crois, j’me suis jamais assis sur une chaise ! Et j’étais pas l’seul ! Y’en avait pas assez. Alors j’ai pas l’habitude. Pis j’suis bien là ! »

Bien la tête en bas. Bien accoudé au bureau d’un professeur. Visiblement, Dive appréciait les positions inconfortables, qui tiraient sur ses muscles. Ou, dans le cas présent, lui écorchaient les genoux sur des dalles de pierre. Même si ce n’était pas de sa faute si son jean était troué à cet endroit. De toute manière, à l’écouter, il n’était jamais totalement coupable.
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Ethan McLorgan
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Dim 10 Juil - 3:08

Dive était un peu comme tous ces autres élèves finalement ; il suffisait d’aborder un sujet qui éveillait leur intérêt pour que soudainement ils vous écoutent sans se lasser, cherchant à faire le tri dans les questions qui fusaient alors dans leur esprit. Ils étaient tous pareils. Ethan lui-même avait été comme ça. Encore aujourd’hui, même s’il avait appris à ne pas laisser paraître son ennui, il lui arrivait de ne pas écouter totalement un interlocuteur bien trop pompeux. Dans ces cas-là, il se contentait de faire autre chose, reprendre une copie pour la corriger, écrire quelques notes sur un parchemin, acquiesçant les dires de l’autre sans ne plus le regarder. Une fois son opinion demandée, le professeur parvenait toujours à ne pas trop s’attarder pour glisser subtilement vers un autre sujet bien plus intéressant. Sans doute derrière ses lunettes l’on pouvait voir à quel point il ne portait pas d’attentions à ce que l’on lui disait parfois, il n’en savait rien et jamais on ne lui avait fait de remarques à ce sujet. Il fallait aussi préciser que son statut dans la maîtrise des potions lui valait tellement de respect et que son regard noir était tellement intimidant que personne n’osait vraiment le contredire. C’était d’ailleurs dommage. Il adorait par-dessus tout, les petites joutes verbales pour défendre un point de vue, polémiquer sur tel ou tel sujet ; et se rendre compte de son erreur ne l’avait jamais réellement dérangé. A dire vrai, en matière de potions, il ne se trompait que rarement. Au fil du temps, il s’était même dit que cet art faisait partie intégrante de son être, comme un prolongement naturel de son esprit.

Dive, lui, avait pourtant cette particularité d’agir comme si son corps lui-même transpirait de désintérêt flagrant. A présent appuyé sur ses bras il se tenait la tête en bas les jambes en l’air tandis qu’Ethan parlait de magie noire. Une telle attitude aurait mérité châtiment, mais Dive était adulte maintenant ; peut-être qu’une simple remarque suffirait. Et la pensée de le suspendre dans les airs tout en lui faisant la morale trotta dans la tête du professeur agacé de contempler cette désinvolture. Mais il n’avait rien fait, se contentant de poursuivre ses explications. Il n’aimait pas ça, parler sans que l’on ne soit attentif à 100%. Après tout, le surveillant avait lui-même lancé le sujet et il avait semblé à Ethan qu’il s’en intéresserait. Il ne demandait pas toute l’attention des gens, mais qu’au moins ils aient le respect d’écouter sa réponse à la question qu’eux-mêmes avaient posé. Bientôt, le gamin s’agenouilla devant son bureau, y croisant ses bras. Le bandeau dans ses cheveux s’était enlevé, une mèche retombait devant ses yeux verts qui bouleversaient toujours autant le professeur. Le regard de son frère, et au fond, cette désinvolture que le gamin avait affiché auparavant était la même qu’il avait pu observer chez Noah dans le passé. Maintenant, il se sentait écouté. C’était plus agréable, bien qu’il ne supposa pas que le jeune sorcier avait tout entendu de ce qu’il avait dit, trop occupé à ses pitreries. Pourtant, il avait tort. C’était bien là que Dive était trompeur, son esprit pouvait être tout-à-fait présent quand son corps, lui, se permettait de s’évader de quelconques manières.

La question du mal et du bien ; ça avait toujours été trop relatif pour beaucoup de personnes, et pourtant, le danger était bel et bien réel. Trop de sorciers s’étaient laissé avoir par la facilité qu’elle offrait. Faire machine arrière, c’était parfois trop difficile, voire impossible. Une fois que l’on prend goût à ce subtile poison, on ne s’en défait qu’à la suite d’une multitude d’efforts. Et qui sont-ils ces sorciers pour savoir établir la frontière entre les deux pôles ? Qui avait bien pu estimer qu’au-delà d’une catégorie d’acte, ils sombraient dans le côté obscure de la magie ?

Les ancêtres ; ces porteurs de cette mémoire que les nouvelles générations ignoreraient sans eux ; gardien des vestiges d’une civilisation qui ne cesse d’évoluer au travers de conflits, de luttes acharnées, de morts, et d’erreur parfois même. Ce sont eux qui estimèrent qu’il y avait un fossé entre les différentes natures de la magie ; l’une fait le bien, l’autre le mal. Le plus dur avait probablement été d’en établir la ligne invisible qui fait de vous un mage noir ou bien un sorcier respectable.

Dive avait tort de ne pas s’en soucier et Ethan aurait aimé lui faire changer d’avis. A la fois, c’était au garçon de se créer sa propre opinion, mais était-il réellement capable d’y procéder malgré son jeune âge et sa soudaine naissance au sein du monde magique ? De la même manière, qui Ethan était-il donc pour penser qu’il avait ce droit d’instruire un enfant selon ses propres convictions ? L’enseignement, ce n’était pas ça. Il y avait toujours un programme à suivre et auquel le professeur se devait de se plier sans ne jamais laisser échapper une bribe de son appartenance à un groupe quelconque. Ethan était pour ce principe et en même temps, il était vrai que le partage de l’expérience d’un ainé était bien plus profiteur à cette nouvelle jeunesse que l’enseignement d’un programme instauré par des hommes qui ne se souciaient que d’apprendre des choses basiques. L’élève modèle qui apprend sa leçon par cœur sans savoir réfléchir, ça n’avait pas vraiment d’intérêt.

Le ton agressif du surveillant ne surprit pas tant que ça le professeur. Il s’était attendu un peu à ce genre de réaction. Dive, dans sa façon de se comporter ou de s’exprimer, avait quelque chose de passionné. Trop d’enseignants aujourd’hui avaient perdu de cette implication, de la passion qui les faisait défendre leur matière. Ethan pensa soudain que si Dive gardait de cette bouffée de fraicheur, de cette virulence, il saurait probablement capter son audience une fois professeur. Après tout, en y repensant, si Ethan avait autant détesté ses cours d’Histoire de la Magie, c’était aussi et surtout parce que ses professeurs n’avait jamais été vraiment passionnés par ce qu’ils disaient. Et pourtant, l’histoire pouvait avoir quelque chose de palpitant. Il ne connaissait rien de l’histoire moldue, sa mère n’en avait jamais vraiment parlé, ou alors que très peu, mais le passé des sorciers avait tout de même quelque chose d’intéressant ; ces conflits, ces manifestations, ces découvertes, ces nouvelles unions, etc… aujourd’hui encore l’histoire était présente. Bientôt, ou peut-être déjà, serait inscrit dans les livres historiques le dénouement de cette récente guerre civile qui avait éclaté et fait de nombreux morts parmi la communauté magique.

Revenant aux propos de Dive, il ne put s’empêcher de le reprendre :

« Vous savez, ce terme a été créé pour justement mettre un mot sur des actes mauvais et dissuader les gens d’y avoir recours. Et la notion de ‘mal’ elle-même remonte à fort longtemps, y compris dans la religion on parle de cette opposition entre le mal et le bien. Et, sans dire que vous avez tort, je pense qu’elle est importante. Pas pour tout le monde, il y a de forts esprits qui n’ont pas besoin de ce genre de ‘barrière’ et qui sont capables de faire cette distinction d’emblée. Mais il y aussi des sorciers qui en ont besoin, pour se fixer des limites. »

Il retira ses lunettes un instant, sa vue se troubla. Il frotta ses yeux puis les remit.

« C’est important que vous l’appreniez de toute façon. Ne serait-ce que pour connaître la nature profonde de vos actes et les conséquences qu’elles peuvent avoir sur votre vie et sur celle des autres. »

Il prit un moment.

« Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a eu un conflit au sein de notre communauté, et bien, pour défendre notre position certains d’entre nous avons dû user de cette magie noire. »

Son regard devint un peu plus sombre, sérieux, pénétrant.

« J’ai moi-même était appelé pour certaines missions. J’ai préparé des potions visant à faire parler des gens : le véritasérum ; d’autres pour les contrôler. J’ai usé de sorts pour manipuler des esprits, pour forcer également à faire parler certains sorciers. Au fond, si vous ne savez pas faire la distinction entre le bien et le mal, vous pouvez facilement devenir fou… de culpabilité. Et alors vous ne savez plus si vous avez œuvré pour la bonne cause. Tout est tellement subtile que seule notre assurance peut nous permettre de ne pas douter. Après tout, il arrive parfois que l’on croie se battre pour le bien mais que l’on fasse le mal malgré nous. Enfin, ce sont des choses compliquées et votre point de vue peut tout-à-fait évoluer ; le miens aussi d’ailleurs. »

Il avait regardé son élève durant l’intégralité de son discours. Non pas qu’il voulait le forcer à reconnaître la véracité de ce qu’il venait d’entendre, mais pour qu’il comprenne que tout était bien plus compliqué qu’il ne semblait le penser. Après tout, lorsque l’on est jeune, les choses souvent plus anodines et l’on ne s’y attarde que rarement. Ethan n’était pas si vieux, c’est juste qu’il avait appris rapidement à être mature (selon la norme en tout cas).

Dive se cogna la tête contre le bureau en bois. Visiblement, il avait du mal à se monter cohérent dans l’idée qu’il exprimait. Pourtant, ça tenait la route. Tout avait un sens, surtout si l’on était capable d’écouter ce que l’autre avait à dire. Ici, c’était le cas, Ethan aimait bien écouter le gamin s’expliquer ; possibilité qui visiblement ne lui avait été offerte que très rarement.

« Certains enseignants n’approuve pas cet apprentissage. Et puis, il y a magie noire basique, la plus connue, et celle bien plus sombre, bien plus sournoise que l’on pratique secrètement. Il y en a même qui ont essayé d’échapper à la mort. Cette façon de déjouer les lois de la nature, ça aussi c’est considéré comme faisant partie de la sorcellerie occulte. Mais il est vrai que l’on devient plus sage et expérimenté, à mon goût, en ayant un aperçu de l’étendu de la magie, et pas seulement ce que le ministère nous autorise. »

Ethan ne savait pas vraiment s’il était bon de l’encourager à cette forme de curiosité. Pourtant l’en empêcher serait probablement le meilleur moyen pour le brusquer et l’entraîner à s’y aventurer tout seul. Il valait donc mieux qu’il soit au moins présent si Dive voulait en savoir davantage.

Revint la discussion des chaises, sortie de nulle part, d’une conversation qu’il croyait déjà finie. Il n’y avait pas pensé pourtant, que le gamin avait pu vivre dans un milieu précaire. Songeant au fait qu’il était orphelin, la vie dans un orphelinat n’avait sans doute pas été facile. Ethan n’y connaissait rien, lui avait préféré rester avec les domestiques qui s’étaient occupés de la maison familiale encore quelques temps après le décès de leur mère. Noah non plus n’avait pas connu cela, mais un tout autre organisme, après une multitude de vains essais pour le sortir de sa crise existentielle.

« Vous êtes suffisamment responsable maintenant pour vous comporter comme vous le souhaitez de toute façon. Et si Darren, le proviseur, a souhaité vous engager, c’est bien qu’il vous a jugé capable de faire votre boulot correctement… connaissez-vous d’ailleurs le maléfice du saucisson ? Elle serait très amusante pour torturer les élèves récalcitrants. C’est sans doute du même acabit que de les enfermer dans un placard. Cela paralyse votre adversaire, y compris sa mâchoire. Seuls ses yeux sont encore en état de marche, et son cerveau bien entendu, sinon ce ne serait pas drôle. L’incantation est Petrificus Totalus. Je vous le conseille. »

Cette soudaine idée de participer à la maltraitance des élèves le fit sourire. Il avait beau avoir l’air dur, quelque part au fond de lui demeurait toujours une âme d’enfant. Bien sûr, si lui l’avait fait, il n’aurait aucunement usé d’humour ; mais cela valait bien sa réputation.
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Dive Storm-Thacker
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Lun 11 Juil - 23:07

Sans la phrase sur la religion, le jeune homme aurait sans le moindre doute passé la trappe sur cette étrange et incompréhensible notion de mal. Cela lui était difficile de bien définir ce que les gens entendaient par là. La vengeance, par exemple, était vue comme un terrible crime et pourtant, ne permettait-elle pas aux gens de continuer à vivre et à tirer un trait sur le passé une fois accomplie? L’humain agit de façon idiote, dans un cercle sans fin où les gens se blessent les uns les autres, comme s’ils prenaient des tickets pour attendre leur tour avant de frapper. L’équilibre que ça apporte est bien réel, cependant. Dive aurait été incapable d’expliquer ça, de mettre des mots plus ou moins ressemblants sur ce à quoi il songeait. Lui qui abhorrait les règles ne pouvait admettre que quelques êtres décident de l’avancée du monde. Ses lectures lui avaient montré que des préceptes stupides avaient été mis en place depuis la création de l’humain et cela lui tapait sur le système. Surtout en ce qui concernait la religion. Ce qui ne l’empêchait pas d’y croire. Quoique non, Dieu ne lui apparaissait pas comme une évidence. Et ce qui se passait après la mort avait été le cadet de ses soucis pendant si longtemps. A présent, les choses étaient différentes, car de nouveaux paramètres entraient en compte. La mort de son père adoptif en particulier. Mais à quoi bon se concentrer autant sur la fin alors que l’existence offrait tant de possibilités? La mort, il la découvrirait un jour, dans pas si longtemps sans nul doute. Et il était fort peu probable que le monde soit changé par ses mains entre temps. Aucune importance. Le but de la vie, c’est de découvrir, pas de tout modifier. De façon négligée, ses doigts attrapèrent la croix qui pendait autour de son cou, attachée par une simple cordelette noire à côté d’une autre qui possédait un revolver en pendentif. Les deux bijoux étaient en opposition total pour tous, sauf à ses yeux.

Murmurer des prières était un soulagement, un qui ne demandait pas de croire en une entité plus grande que l’Univers. En fait, le seul être en qui il fallait avoir confiance dans les moments de doute, c’était soi-même. Le voyou voyait le monde de cette manière en tout cas et qu’importe ceux dont l’avis différaient du sien. Chacun suit sa propre voie. Ce qui justifiait, de manière simple, son trouble avec l’autorité. Avec ceux qui placent des barrières pour guider tous les hommes sur une voie semblable où le plus important est de faire comme les autres et de ne jamais entraver les règles qui sont si efficaces, selon ceux qui les font en tout cas. Sa main lâcha sa croix, la laissant retomber comme s’il ne l’avait jamais touché. La suite des paroles de son aîné l’intéressa également. Seulement parce qu’il avait réussi à ne pas perdre le fil. Se concentrer pendant trop de temps lui était encore impossible, par manque d’habitude. Pourtant, il n’aurait voulu abandonner cette conversation pour rien au monde. Parler avec un adulte qui l’écoutait et qui justifiait ses propres réponses était étrangement passionnant.

« Ceux qui se battent pour faire la guerre sont des imbéciles. Et ceux qui se laissent écraser sans chercher à se défendre sont des abrutis. »

Son ton était étrangement posé tandis qu’il donnait son avis. Sa façon de voir les choses était ainsi et, en parlant aussi calmement que possible, sa position était ancrée et prouvée comme étant impossible à changer. Ce qui ne l’empêchait pas de voir où Ethan voulait en venir. La culpabilité était, en effet, très simple. Lui-même, lorsqu’il se battait jusqu’à envoyer des gens à l’hôpital, il le faisait généralement pour aider, pour repousser le mal aussi loin que possible des gamins de l’orphelinat. Et, en même temps, l’art de la bagarre lui plaisait. C’était comme faire le mal sans être capable de s’arrêter. Bien sûr, ce n’était pas à la même échelle que ce dont le professeur parlait, mais des similitudes apparaissaient.

« J’pense qu’on se bat pour c’que l’on veut protéger. Et après, la méthode est parfois foireuse et on s’perd. »

Contrairement à son aîné, il ne regardait pas son interlocuteur en s’exprimant, sauf lorsqu’il s’énervait. Son regard, avant qu’il ne le teinte, avait été un fardeau tout autant qu’une arme durant le reste de son existence. Et il n’ignorait pas que fixer quelqu’un avec mettait assez facilement quelqu’un mal à l’aise. Pourtant, le vert brillant actuel n’était guère mieux. Il était seulement incapable de s’en rendre compte. En tout cas, Dive avait l’impression que son avis rejoignait un peu celui de l’adulte, malgré quelques légers points où ils divergeaient. Cela l’aurait sans doute embêté, si tout allait dans son sens. Où était l’intérêt de la découverte si l’on savait déjà tout ? Tout en étant un sale gosse refusant l’autorité des adultes, alors qu’il en était un, le garçon appréciait d’apprendre de nouvelles choses, de voir comment les autres voyaient les choses. Bien sûr, il ne comptait pas changer d’avis sur quoi que se soit. Juste élargir ses horizons. Fuir une réalité que l’on lui avait toujours dépeinte comme étant blanche et noire alors que son regard l’avait toujours vu grise.

« Pourquoi on apprend la magie noire dans certains coins, mais pas partout ? Vous arrivez même pas à tous être d’accord avec vos propres règles ? »

Là, sa voix s’était faite un brin plus brutale. Un gamin désirant prouver qu’il a raison au sujet de l’inutilité de cette mesure. Même si la magie noire était dangereuse, le fait que certains aient la chance, ou le malheur, de l’étudier alors que d’autres non montrait, à ses yeux, que le système était bancal. Un léger grognement lui échappa et l’américain réalisa que sa question était sans doute injustifiée. Cependant, il refusa de la retirer. Il voulait qu’on lui explique ce qu’il ne comprenait pas pour que, si un jour débattre de cela avec quelqu’un était possible, il ne se ridiculise pas en s’expliquant.

Le rappel, un brin douloureux, de son admission par cette fameuse lettre de motivation qu’il n’avait jamais rédigé fit qu’il posa son front sur ses bras croisés sur le bureau, juste une poignée de secondes, comme pour dire que le sujet n’était franchement pas sa tasse de thé. Heureusement, le reste des paroles du plus sage des deux lui permit de rebondir sur autre chose et il redressa brusquement la tête pour tirer la langue à Ethan, une lueur agacée dans son regard. Les gens interprétaient toujours mal sa personnalité. Certes, Dive aimait se battre et il usait parfois de méthodes un brin violentes dirons-nous. Cependant, jamais il n’aurait été en mesure de lancer un sort sur un élève, enfin autrement que pour lui arracher sa baguette. Cela n’avait rien à voir avec la peur de l’échec. C’était juste que cela sous-entendait que son activité favorite consistait à torturer les gens sans les laisser s’expliquer d’abord.

« J’suis violent mais j’m’en prends pas aux gamins. Leur faire mal les aidera pas à retenir quoi qu’ce soit. J’veux pas me faire une fucking réputation basée sur la peur ! Okay, j’ai enfermé l’autre abruti dans un placard mais c’était par colère. Z’aimeriez vous qu’on vous balance un sort vous empêchant d’bouger pour vous punir ? Nan. J’pense qu’il faut expliquer et leur faire réparer leurs conneries. »

La magie pratique ne ressemblait pas un châtiment corporel empli de cruauté, ce qui n’empêchait pas le jeune homme d’y voir un peu trop de similitudes. Punir les fauteurs de trouble était une évidence. Simplement, il fallait le faire de façon intelligente. Si quelqu’un salissait un endroit, il devait le nettoyer. S’il détruisait, réparer était la punition. Et sans la moindre magie, cela était évident. Pour un jeune homme brutal et qui semblait ne jamais réfléchir avant d’agir, Dive possédait une façon de voir les choses assez matures, sur certaines choses. Calmement, le surveillant remit son bandeau, histoire de voir de nouveau correctement, puis, il ramena sa baguette, posée sur une table, à lui, après avoir murmuré la formule nécessaire. Et ceci sans le moindre mal. Visiblement, une fois qu’il parvenait à faire quelque chose correctement, cela lui restait. Il rangea le bout de bois dans une grande poche de son jean pour ensuite se replacer dans sa position précédente, soit en étant accoudé au bureau.

« Et j’ai été accepté grâce à une fucking lettre de motiv’ que quelqu’un a écrite pour moi parce que j’suis pas assez doué avec les mots. Et cet abruti l’a envoyé sans m’l’a faire lire. »

Une fois de plus, l’imbécile ne réalisait pas que certaines choses n’étaient pas à dire. Sa naïveté allait finir par lui attirer des ennuis. Quoique cela était sans nul doute le cas. Même si, en un sens, il avait passé sa période d’essai ici avec succès, enfin sans le moindre problème plutôt, donc cela prouvait que sa place avait été méritée. Une pause fut marquée tandis qu’il hésitait, de façon évidente, sur quelque chose et puis, après un regard oscillant entre la gêne et l’agacement, il se contenta d’un haussement d’épaule avant de s’exprimer.

« Mon père adoptif bossait dans l’ancienne école. Enfin, celle qui a été détruite quoi. D’ailleurs, j’crois qu’il a crevé ici. »

Dive et cet art de s’exprimer de façon si naturelle sur ce type de sujet. Le plus ironique dans cette histoire, c’était qu’il n’avait apprit cette information qu’après avoir commencé à bosser ici. Mais il ne le regrettait pas le moins du monde. Sans non plus à chercher à savoir ce qui s’était produit. Le passé était le passé et ne le concernait pas. Son regard s’était fait un peu mélancolique mais il chassa bien vite cela en se mordant de nouveau la main. Ne retirant ses dents de la chair qu’une fois que du sang commença à s’égoutter de la plaie. Un jour, il faudrait qu’il trouve un autre moyen d’exprimer ses émotions.

« Donc on s’revoit la s’maine prochaine ? »

Un détournement de conversation totalement inconscient, une fois de plus. Quoique le sujet précédent l’intéressait pas mal. C’était juste que son esprit préférait se concentrer sur autre chose pour lui éviter de trop y songer.
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Ethan McLorgan
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Mar 26 Juil - 9:14

Il y pensait, c’était surprenant : les deux sorciers avait bien une conversation. En se remémorant leur rencontre plus tôt dans le couloir, les regards assassins que tous deux avaient pu se lancer, puis des blessures, des souvenirs qui étaient revenus, des silences de gêne, rien n’aurait pu laisser penser qu’ils auraient de quoi partager. Et pourtant, ils en étaient maintenant à converser de magie noire, de sa légitimité, de l’injustice des hommes entre eux, de la stupidité d’un gouvernement, du bien, du mal. Jamais Ethan lui-même n’aurait imaginé parler avec le jeune surveillant qu’il avait d’abord pris pour un élève. Un septième année, il en avait un peu l’air en y pensant, l’erreur était donc tout-à-fait possible. L’ironie du sort faisait que le garçon n’avait même jamais été dans une école de sorcellerie, ayant vécu parmi les moldus jusqu’à ce jour, mais aussi qu’il n’avait pas poursuivi son éducation scolaire jusqu’à son terme.

Dive Storm Thacker avait ce quelque chose qui finalement poussait le professeur à parler davantage, abordant d’autres sujets. Il pouvait susciter cet intérêt hélas insoupçonnable. Le contraste de son corps avec son esprit était frappant, et personne n’aurait osé accorder sa confiance au jeune garçon ; extérieurement, il ne ressemblait à rien d’autre qu’à un de ses baroudeurs à la recherche de batailles futiles prouvant sa capacité à être le plus fort. Intérieurement, il en était tout autrement. S’il y réfléchissait, Dive avait encore cette petite part de fragilité, disséminée profondément en lui. Cependant, leur conversation avait prouvé à Ethan que cet ancien enfant meurtri avait toujours du mal à s’introduire et se reconnaître dans un monde bien trop sombre, cruel et en ce qui concernait la magie, encore un trop inconnu.

Juger les gens au premier regard, ça avait toujours été tellement facile. Ethan le faisait, comme tout le monde sur terre depuis la nuit des temps, mais il essayait cependant de ne pas accorder trop d’importance à ce préjugé. C’était comme une opinion-brouillon que l’on dessine au crayon de papier et sur lesquels on repasse au fur et à mesure pour en avoir des traits, des formes plus distinctes : une image. Dans ses cours, le professeur ne donnait que rarement d’importance à ce qu’il pensait d’un élève ; il n’était pas là pour ça. Il avait pour but d’enseigner quelque chose à cette nouvelle génération, à la préparer pour créer leur propre vie une fois hors de l’école ; le reste ne le concernait pas, même si cette année il lui avait été difficile de garder intacte la barrière qu’il avait construite entre lui et le monde entier, communauté magique ou non.

Oui, Dive était plutôt intelligent, contrairement à ce qu’il laisser penser. Probablement que son passé ne l’avait pas aidé non plus à partager ses idées, ses conceptions de la vie. Il comprenait pourtant bien plus de choses que certains des élèves de cette école. Il y a toujours eu des hommes et des femmes qui ne se posent jamais de questions ; ils se contentent de vivre leur vie sans trop se remettre en question ni s’interroger sur le pourquoi de certains évènements, du déroulement de l’histoire, de la nature. Trop d’élèves ne s’en souciaient d’ailleurs pas. A cet âge, on ne pense quasiment qu’à soi. Ce n’est pas l’âge bête, c’est simplement qu’il faut probablement apprendre à se connaître soi-même pour mieux appréhender ce qui nous entoure. Ethan ne se souvenait plus vraiment de la manière dont c’était dérouler son développement, son apprentissage de soi. La disparition de son père puis celle de sa mère avait probablement brouillé trop de choses pour que cela soit naturel. Peut-être était-ce le jour de l’enterrement, lorsque Noah et lui s’était retrouvé orphelins et qu’il avait compris qu’il devrait grandir, et vite. Le reste était plus flou, un peu comme s’il avait laissé une part de lui pour ne pas être conscient de cette trop soudaine métamorphose. Encore aujourd’hui il apprenait. Après tout, il n’avait que 23 ans. A son âge, il apprenait ce que c’était de rencontrer des gens biens et de lier une amitié, de connaître l’amour et de s’y abandonner ; et en ce qui concernait Dive, simplement être moins sévère et offrir son aide à quelqu’un qui en a besoin – d’autant plus que cet acte lui permettait de se donner une seconde chance à lui-même compte tenu de ce qui s’était passé avec Noah.

Alors oui, il pouvait pardonner à ses adolescents de saisir ce cadeau qu’est d’avoir le temps de se découvrir naturellement, mais il acceptait avec difficultés que certains adultes poursuivent dans cette voie au point de ne jamais chercher à réfléchir, pas même aux conséquences de leurs actes.

Non, Dive ne semblait pas comme ça. La dureté d’une époque forgeait souvent un caractère qui ne laisse aucune place à l’abandon et l’insouciance. Sa voix devint un peu plus brutale : la jeunesse.

« Ce n’est pas tellement que nous ne sommes pas en accord avec nos règles, mais… comment dire… chaque école a une histoire. Il y a donc certains établissements qui en effet ont été battis en prenant compte de l’existence de la magie noire au point de l’enseigner. Mais Swelty, elle, n’est pas de ce genre, voilà tout. Pour les sorciers qui ne veulent rien à voir avec la magie noire, il faut bien des écoles telles que la nôtre pour y envoyer leurs enfants, vous ne pensez pas ? Et vous-même, dans quel genre d’école aimeriez-vous enseigner ? »

Expliquer des choses qui n’étaient pas forcément de son ressort était assez difficile. Oui le bien et le mal existent, et il faut maintenir un certain équilibre pour que les choses fonctionnent correctement. Mais le professeur n’était pas en mesure de fournir une vérité exacte, seulement une idée.

Il sursauta quand le garçon lui fit part de son refus d’utiliser un sort contre un élève. A vrai dire, il n’avait pas songé à ce genre de réaction venant d’un sorcier qui avait enfermé un gamin dans un placard. Et puis, il y avait probablement eu une légère incompréhension de sa part. Le maléfice du saucisson n’avait rien de très violent, du moins, pas plus que d’enfermer un élève dans un placard étroit, sombre et poussiéreux. Pourtant, il avait sans doute raison ; ce qui lui apparaissait comme une vulgaire farce avait peut-être un brin de violence. Les années d’austérité l’avait sans doute transformé en une sorte de professeur aigri, sans cœur, sans pitié, sans même une notion de ce qui est juste. L’idée résonna dans son esprit un peu plus fort qu’il ne l’aurait cru. Oui, tout comme il l’avait prouvé avant avec Seth, Ethan McLorgan avait acquis un trop de noirceur dont il ne pouvait plus se débarrasser. Dive avait bien cerné la façon dont il fallait éduquer un enfant et lui faire comprendre ses fautes. Même si certaines de ses méthodes demeuraient peu orthodoxes, il méritait sans aucun doute sa place en tant que surveillant. Ainsi, la révélation au sujet de sa lettre de motivation ne le choqua pas. Certes, un sorcier bien plus qualifié aurait pu obtenir le poste tandis qu’un gamin sans expérience la lui volait ; mais au moins, il lui était possible de tenter sa chance. Il ne put s’empêcher de prendre un regard désapprobateur comme pour lui faire comprendre qu’un tel mensonge n’était pas correct. Cependant, se voulaient contraire à ce que sa naturelle sévérité laissait penser :

« Et bien, vous pouvez remercier votre ami de vous avoir permis d’entrer ici. Commençant à vous cerner un peu, je pense que vous auriez refusé l’envoi de cette lettre si elle vous avait été montrée. Ai-je tort ? Dites-vous que beaucoup obtiennent leur place grâce à un coup de pouce. Moi-même, je dois mon ancienne place à l’école de Vladivostok grâce à mon mentor… tout comme ma renommée actuelle en matière de potions d’ailleurs. Et puis… »

Par-dessous ses lunettes, il se frotta les yeux. La fatigue de la journée commençait à se rendre visible à travers son comportement. Sa vue elle aussi était un peu affectée. Pourtant, il ne souhaitait pas encore mettre fin à cet entretien. Il était habitué à cette fatigue, il avait même passé plusieurs nuits blanches d’affilés pour préparer des potions, corriger des parchemins ou encore rédiger son mémoire. Après cette courte pause, il reprit sa phrase :

« … à vous entendre – bon, sur une partie de ce que vous avez dit certes – vous méritez votre place ici. Vous êtes plus sage que vous ne voulez le laisser paraître, Dive, ou bien que vous ne voulez l’admettre tout simplement. »

Le rassurer ou bien le complimenter sur les propos qu’il avait eu plus tôt et qu’il avait approuvé, peu importe au fond. Il s’attendait d’ailleurs à avoir mis l’autre mal à l’aise, c’était inévitable.

Puis Dive parla de son père adoptif, ancien membre de Malwen. C’est vrai que de nombreux sorciers avaient péri dans cette école durant la guerre qui avait éclatée. Le directeur, son mentor, d’autres professeurs, des élèves mêmes. Apparemment, celui-ci avait disparu avant que les évènements n’adviennent. Ethan n’en avait eu vent que légèrement par l’ancien professeur de potions. Il ne connaissait pour autant rien de ce sorcier défunt. Il n’y avait maintenant plus rien d’étonnant dans la façon qu’il avait d’aborder le sujet. Et puis, lui-même avait peu de considérations pour son père.

« Je regrette de l’apprendre. Mais je ne le connaissais pas ; je ne suis arrivé ici qu’après le conflit. Je remplace d’ailleurs l’ancien professeur à ce poste, décédé durant la guerre. Il a été mon mentor. Dois-je comprendre que votre père adoptif ne le fut qu’un brève instant ? Dans le cas contraire vous auriez probablement eu une meilleure connaissance de la magie, surtout s’il était enseignant du temps de Malwen. »

Était-ce de l’indiscrétion, de la curiosité, ou bien simplement un intérêt pour la vie du jeune garçon ; il n’en savait rien. Il regrettait pourtant d’avoir posé la question ; évoquer ainsi un tel sujet était au final déplacé. Lui-même n’aurait pas aimé parler de son propre père ; sans doute était-ce dû à cette rancœur qu’il avait contre lui, toute cette haine, cette colère. Non, il préférait dire qu’il était mort depuis bien longtemps, et d’ailleurs, il l’était pour de vrai maintenant.

Il l’observa se mutiler encore, du sang s’écoula de la main qu’il avait mordu.

« Nous nous verrons comme prévu la semaine prochaine, oui… si vous êtes encore en un seul morceau d’ici là. »

Sa remarque se voulait reproche ; peut-être parviendrait-il un jour à lui faire perdre cette fâcheuse manie de se blesser volontairement. Son regard se posa alors sur la paume de sa main gauche qu’il referma rapidement. Ses conseils n’avaient pas autant de valeur qu’il l’espérait.
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Dive Storm-Thacker
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Mer 3 Aoû - 13:17

Etre ici n’avait rien d’une perfection. Rien ne changerait juste grâce à sa présence entre ces murs. Du jour au lendemain il n’allait pas devenir un parfait jeune homme. Tant mieux, ses rêves ne ressemblaient à cela en rien. A quoi bon vouloir adhérer à un moule sans un regard en arrière, écouter des préceptes incompréhensibles offerts sans la moindre explication ? Tout ce que Dive savait était que le destin n’existait pas vraiment. Il y avait une myriade de possibilités. Les saisir était plus complexe. C’est comme suivre des routes différentes, passer par des petits chemins, sans jamais savoir si l’on arrivera à destination. N’est-ce pas ce qui fait de la vie une aventure ? Croire que tout est déterminé à l’avance consiste à s’enfermer dans une bulle, à se dire qu’on ne peut rien changer, pas exister par nous même. Que l’on est qu’un produit du système. Un être dénué de la moindre importance. Cela, d’après Dive, était ridicule. Et ce fut tandis qu’il songeait à cela que son esprit commença à mieux entrevoir ce qu’expliquait son aîné. Différentes écoles pour des parcours qui ne se ressemblaient pas tant que ça. Oui, c’était mieux ainsi. Cependant, la question qui fut posée dans le même temps lui sembla être un piège trop complexe auquel il était, pour l’instant, incapable de trouver une solution. Après tout, sa connaissance de la magie et de ce monde qui l’abritait n’était pas encore suffisante pour qu’il soit en mesure d’avoir de véritable avis au sujet des différents enseignements. En même temps, Dive supposa qu’il préférerait un établissement qui laisse place au choix, qui ne catégorise pas la magie dans des camps idiots nommés bien ou mal. Mettre des mots sur ce sentiment était trop complexe, alors le silence fut conservé. Un jour, sans crier gare, il reviendrait à ce sujet, comme si ce dernier était de la plus haute importance. A cet instant, il se contenta de le ranger dans un coin de sa tête, au milieu d’autres détails et d’informations cruciales, se mêlant jusqu’à former une masse trop en bazar pour être classée.

La conversation se mit alors progressivement à dériver et cela par sa faute, à cause de ce qu’il avait avoué sans réfléchir. La réaction de l’adulte et l’étonna et ses prunelles teintées d’un vert brillant cherchèrent celles de son aîné, juste quelques instants, comme pour vérifier que ses mots n’étaient pas juste des mensonges. Sauf que, même si cela avait été le cas, le jeune homme possédait une incapacité effarante à découvrir ce genres de choses. Et puis il y avait cette facilité que l’autre avait de le cerner, de le comprendre. Comment faisait-il ? Etait-il si simple à lire ? Cela l’agaça, parce que Dive avait l’impression que cela était une faiblesse, et c’était sans nul doute le cas, alors sa réponse fut un simple tirage de langue. Ce dernier justifia par ailleurs la justesse des propos de l’autre. Et ce fut ce malaise, cette incompréhension qui laissa un léger voile passer devant son regard tandis qu’il cessa d’écouter, juste une poignée de secondes. Ethan avait tort. A aucun moment il n’avait mérité sa place ici. De toute façon, si le professeur était en mesure de piger sa façon de penser alors son erreur lui apparaitrait.

« J’me sens pas sage, comme vous dites. J’ai l’impression d’être un gosse qui passe son temps à se faire hurler dessus par des vieux cons qui veulent jamais rien expliquer. »

Etrangement, celui qui paraissait encore être un adolescent semblait avoir fait un effort pour articuler sa phrase mieux que d’habitude, comme pour être sûr d’être compris. Même si son aîné risquait fort de se sentir visé par la remarque, alors que ce n’était pas de lui qu’il s’agissait. Plutôt du reste du corps enseignant de cette école. Et, au final, Dive ne comptait pas essayer de gagner leur confiance. Tout comme jamais il n’accepterait de leur accorder la sienne. Cela demanderait trop de sacrifices et de compromis et ce n’était pas ce qu’il désirait.

Sa langue passa calmement sur le sang qui coulait de sa main et ses lèvres se recouvrirent bientôt de rouge, sans qu’il n’y fasse attention. A cet instant précis, tandis que l’autre finissait de parler de son père, ses yeux du gamin semblaient plus sombres, comme si la blessure était encore trop fraiche. Et, cela combiné à son geste, il ressemblait vraiment plus à un membre de gang capable d’assassiner un passant pour quelques billets que pour un adulte responsable avec un métier honnête. Et cela le poursuivrait sans doute toute son existence. Sauf que ça ne lui posait plus outre mesure de problème. Outre les imbéciles qui le provoquaient pour des bagarres, la majorité des gens lui foutait la paix comme ça. Ce qui était un avantage certain pour une personne qui n’appréciait guère ses semblables. En tout cas, le jeune homme sembla réfléchir un bon moment à la réponse qu’il désirait offrir. Un autre individu se serait sans doute contenter de dire que c’était compliqué. Dive était trop sincère, trop franc avec ses sentiments, pour cela.

« J’lai connu que trois ans, environ. Un truc dans le genre. Je faisais pas attention aux dates avant. J’pense que ça vient du fait que j’connaisse même pas mon âge. T’aleur j’ai dit dix-huit comme ça. Mais c’est p’têtre dix-sept. Ou dix-neuf. J’m’en fous de toute façon. Et avant j’aimais pas la magie. C’était flippant. »


Ca l’était encore par ailleurs. Plus de la même façon, voilà tout. Pourtant, lorsqu’il n’était encore qu’un adolescent, le jeune rebelle était fasciné par certains actes de magie réalisés par son paternel adoptif. C’est juste qu’à ce moment précis, il n’y pensait plus. En tout cas, à aucun moment le garçon n’avait songé que la question était indiscrète. Ne pas parler de certains sujets, c’était une convention stupide de plus. Avec sa langue, il lécha le sang sur ses lèvres, le faisant disparaître et il retira de nouveau son bandeau pour l’enrouler autour de sa main, qui refusait de s’arrêter de saigner cette fois. Ca allait devenir chiant s’il foutait du sang partout. Surtout qu’Ethan risquait de l’engueuler. Un grognement lui échappa tandis qu’il serrait un peu trop la bande improvisée.

« Oh, j’me suis déjà pris des balles dans l’corps. Ca c’est rien. »


Son ton paraissait presque détaché. Ce qui n’était guère étonnant de la part d'un type qui ne possédait pas le moindre respect pour son organisme. En tout cas, sa résistance à la douleur était assez effrayante. En fait le seul endroit où il avait peur de se blesser, et encore, c’était à la gorge, à cause de cette cicatrice cachée par un bandage qui s’y trouvait et qui lui faisait risquer la mort dès qu’il appuyait dessus. Mc Lorgan semblait avoir l’habitude de se blesser également. Enfin, Dive n’en était pas sûr mais l’autre ne semblait pas dérangé outre mesure par le fait de s’être coupé la paume. Ce que le surveillait tolérait chez sa personne passait bien moins chez les autres et cela se lisait dans son regard. Après un moment, il se redressa, pour s’étirer, se sentant un peu ankylosé à force de rester dans la même position. Puis, simplement, il se laissa tomber sur le bureau, se retrouvant assis sur le dernier, en face du professeur. Cette fois, le matériel resta à sa place et rien ne chuta. Et le fait de quitter les lieux alors ? Cela pouvait visiblement attendre quelques instants.

« J’suis pas ici pour d’venir parfait, ni évoluer. ‘Fin pas comme les gens pensent que j’vais le faire. J’veux pas devenir comme vous, enfermé dans un cachot, par exemple. J’veux pas qu’on me dise comment j’dois me comporter. C’que j’veux, c’est juste profiter du temps qui me reste pour devenir quelqu’un que j’pourrais regarder dans un miroir sans avoir envie d’foutre c’dernier en pièces. Et, j’veux que d’là où il est, mon vieux soit fier d’moi. Donc, faut pas en attendre trop quoi. Après, si j’deviens prof, dans super longtemps, j’vais changer, même si j’en ai pas envie. Enfin si mais nan. Rah, c’est trop dur à expliquer. »


Tout en s’exprimant, Dive avait penché sa tête en arrière, légèrement, pour fixer le plafond tandis que ses jambes se balançaient de nouveau dans le vide, ses baskets frôlant parfois les pierres qui composaient le sol. Puis, brusquement et sans le moindre avertissement, il baissa la tête juste suffisamment pour pouvoir fixer son regard dans celui de l’autre, comme pour être sûr d’être écouté.

« Plus on devient vieux, moins on est heureux. Plus on a de regrets. Et j’voudrais rester… Loin de tout ça. Mais c’est pas possible. Même si j’veux pas crever en étant désolé pour ma pathétique existence. Vous pigez ? »

Sans doute que non. Il ne parvenait pas à exprimer exactement ce qu’il désirait dire et le discours approximatif qu’il rendait le frustrait plus qu’autre chose. En désespoir de cause, il haussa les épaules, passant une main dans sa chevelure pour chasser quelques mèches qui osaient glisser devant ses yeux. Sans grand succès.

« Pourquoi vous vivez vous ? Vous avez des rêves, des trucs comme ça ? Les vieux en ont jamais… Ils disent toujours qu’on doit devenir bien pour la société et c’est tout. C’est pour ça que j’les hais. »

Dans la catégorie des questions qui ne se posent pas, celle-là était assez haute dans la liste. Malheureusement, il ne s’en rendait pas le moins du monde compte. Et, au final, c’était peut-être pour ça que l’autre lui faisait la conversation.
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Ethan McLorgan
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Jeu 25 Aoû - 5:32

La sagesse. Avait-elle quelque chose à voir avec l’âge, l’expérience, une capacité que l’on acquiert au fil du temps, ou bien innée alors ? Qui pouvait donc se prétendre être sage, suffisamment pour porter un tel jugement à son propre égard, ou même penser disposer d’un savoir plus important que les autres ? Dans ce cachot, où avaient été dispensés de nombreux cours de potions magiques, le professeur Ethan McLorgan et le jeune surveillant Dive Storm-Thacker, de quelques années son cadet, conversaient depuis déjà bien longtemps. Le sujet de leurs propos, eux-mêmes auraient été incapables d’y donner une structure détaillée. Les mots, les idées, tout se suivait et s’entremêlait sans vraiment se réunir pour former une conversation logique. Ethan n’était pas habitué à parler ainsi, surtout avec quelqu’un de plus jeune que lui et apparemment de moins cultivé. Non pas qu’il ne portait d’intérêt qu’à une certaine élite, mais il était vrai qu’il aurait attribué au jeune Dive l’image d’un gamin ne voulant faire aucun effort pour s’en sortir. Ces « perdants volontaires », le professeur ne leur adressait presque jamais la parole. Lui avait pris l’habitude de se battre jusqu’au bout, ne jamais baisser les bras. Ou parce qu’il avait une forte conscience morale et une fierté implacable, ou bien parce que cela avait été sa seule méthode pour se détourner de ses souvenirs, ses échecs, ses regrets.
Son expérience à lui n’aurait fait en aucun cas de ce sorcier un sage. Professionnellement parlant, certes il avait acquis une réputation que de rares sorciers ingénus n’avaient touché du doigt qu’en fin de carrière – lui n’en était qu’à ses débuts – mais humainement parlant, il n’avait pas de quoi prétendre être au-dessus des autres. Au contraire, il se sentait lui-même comme l’un des plus bas êtres au monde. Avoir aussi peu d’amour propre trouvait son origine quelque part dans son passé. Être plus intelligents que d’autres, il l’était en effet, non pas au point de les assujettir, mais ses compétences intellectuelles étaient bien présentes et il aurait été de mauvais goût de le nier. Mais cette fameuse sagesse dont il venait d’affubler son interlocuteur, il ne l’avait pas. Peut-être était-ce encore un de ces mécanismes humains qui fait que beaucoup passent leur temps à se refuser une quelconque qualité, doutant perpétuellement d’eux-mêmes ; Ethan n’en savait rien. De la vie, d’ailleurs, il ne connaissait rien. Trop écarté du monde pour cela, il avait confiné son cerveau à réfléchir potions et rien d’autre. Cet écart l’avait amené à être souvent maladroit dans ses intentions vers autrui.
Tous ces doutes, il ne les connaissait que depuis trop peu de temps pour y être familiers. Pourtant, déjà il savait les reconnaître ou bien prévenir de leur arrivée. C’était tellement étrange d’être soumis ainsi à des inquiétudes qui ne l’avaient jamais concerné auparavant. Un peu comme si pendant plusieurs années qui lui avaient semblées être des décennies, il n’avait pas été humain. Aujourd’hui, cette part d’humanité enfouie en lui revenait à la surface, marquant son esprit de craintes et d’incertitudes. Non, si Ethan avait été sage, il ne serait pas actuellement sous l’emprise de ces questions sans réponses ; il se connaîtrait lui-même.

En Dive, il ne pouvait pas se reconnaître, les deux hommes étaient beaucoup trop différents l’un de l’autre, malgré toujours quelques similitudes. Pour autant, il lui parvenait davantage à le cerner que lui-même. Ou bien n’était-ce là qu’une illusion de plus. Comment se pourrait-il qu’il puisse comprendre les autres et pas même son propre fonctionnement ? Ça résonnait avec absurdité. Que l’autre ne daigne pas accepter cette sagesse, aussi légère qu’elle pouvait être, cela ne l’étonna pas. Tout comme il se serait refuser d’y croire, il ne s’était pas attendu à ce que le gamin le reconnaisse également. Et pourtant, il y avait bel et bien une part de cette rare intelligence chez Dive. Ethan n’aurait pas su expliquer pourquoi exactement il en était persuadé ; ce qu’il savait en revanche, c’est qu’en gagnant un infime élan de confiance avec le garçon, n’importe qui aurait pu voir qu’il n’était pas qu’une misérable âme perdue sur terre. Non, Dive était bien plus que ça ; et qu’il l’accepte ou non, s’il le voulait, il pourrait aller loin. Ça non plus ce n’était pas de la sagesse ; ni même une vérité. Mais aussi incongru que cela pouvait être pour lui-même, c’était davantage une certitude. Était-ce cela, finalement, d’offrir sa chance à l’autre pour qu’il se découvre, au lieu de le juger et de le couvrir d’avilissants préjugés ? Le professeur passa sa main droite dans ses cheveux noirs et épais.

« Vous êtes encore jeune, Dive. Tout comme je le suis également, un peu moins, je vous l’accorde mais peu importe. La différence avec vous, c’est que moi j’ai une bonne réputation, parce que je suis reconnu dans ma matière, parce que j’ai réussi à me démarquer comme étant un bon professeur de potions magiques, un bon maitre. Vous, les gens ne vous connaissent pas, ils ne se fient qu’à leur instinct, à cette image que vous dégagez de vous-même. Ils ne peuvent donc faire autrement que de mettre une barrière entre eux et vous ; ils ont l’habitude de faire ça, c’est comme… un mécanisme contre ce qui leur semble inférieur et dépourvu de volonté d’évoluer. Suis-je alors plus sage que vous ? On me dit sage, on me loue, on me respecte ; mais en tant que maitre de potions magiques, en tant que sorcier. En tant qu’être humain, je ne suis rien et ils n’en ont pas la moindre idée parce qu’ils ne voient rien. Mais de vous, qu’est-ce que l’on peut voir en parlant avec vous ? Non pas que vous êtes transparent, mais on ne voit rien d’autre que l’humain. Vous vous posez davantage de questions sur le monde que bien des sorciers, y compris parmi les plus connus. »

Une tirade, une fois de plus, sans vraiment en savoir le but. A quoi lui servait-il de déblatérer tout cela à un gamin qui n’y croirait pas une seconde. Dive avait déjà son opinion de lui-même. Certes, elle avait probablement souvent la même image, celle que lui donnaient les autres lorsque leurs regards pleins de rejets se posaient sur lui, mais peut-être avait-il réussi à s’en défaire, plus ou moins, pour se forger son propre reflet. Non, il ne servait à rien à Ethan de dire tout ça, de « rassurer » le jeune surveillant ; et pourtant, il l’avait fait. Il l’avait fait car cela lui avait semblait utile, pour Dive, et pour lui-même d’une certaine façon.

La remarque qu’il avait formulée sur son âge n’eut pas vraiment d’effet sur le professeur qui se contenta de rouvrir l’un des bouquins qui trainait sur son bureau. Non pas qu’il n’accordait aucune importance à ce que l’autre lui disait, mais pour lui épargner cette soudaine gêne qu’il ressentait d’avoir ainsi été indiscret dans la vie du garçon. Sur son visage, rien ne pouvait laisser transparaitre de ce malaise ; son regard sombre derrière ses lunettes était toujours le même, ses lèvres fines ne tremblaient ni ne prenaient une quelconque courbure. Il ne fit ou dît rien non plus lorsque Dive avait enroulé sa main dans son morceau de chiffon pour en empêcher le sang de se répandre partout. C’était un peu comme s’il y était habitué, après une soirée passée avec le gamin. Il n’arrêterait pour autant pas de trouver cela affligeant, mais tenterait de ne plus rien dire, pas tant que la cicatrice dans sa main se ferait encore voir.

Le surveillant parla alors de « balles » qu’il se serait pris dans le corps. Bien qu’il ait eu une mère moldue, sa connaissance en l’autre monde était assez restreinte. Ainsi, il lui semblait bien voir l’objet dont il parlait, mais sans lui attribuer la même utilité. Une balle, pour en avoir vu quelques-unes dans son enfance, chez ses grands-parents maternels, était un petit jouet que l’on pouvait se lancer l’un à l’autre avec un coéquipier. Rien de bien dangereux cependant. Cette inculture le mis quelque peu mal à l’aise, il lui était impossible de savoir exactement de quoi l’autre parlait et d’en mesurer alors la gravité. Sans perdre son sombre regard, il lui fit part de son ignorance :

« Je ne me souviens pas d’avoir déjà entendu parler de ce genre de « balles » et de leur utilité. Qu’est-ce que c’est ? »

C’était assez inhabituel de se voir ainsi demander un renseignement à quelque de plus jeune ; probablement que sa question semblerait bête aux yeux de l’autre. C’est vrai que parmi les sorciers, sang-purs ou sang-mêlés parfois, il était rare que beaucoup aient connaissance du monde moldu. Il s’était davantage vu chez une famille de sang-mêlés que le moldu vienne habiter et participe davantage à la vie du sorcier que l’inverse. D’où cela venait-il ? Ethan n’en avait aucune idée ; peut-être que sans la magie, les choses paraissent davantage difficiles, ennuyeuses et que l’impossible y trouve plus souvent sa place. Sa mère en tout cas ne leur avait jamais réellement fait partager, à lui et à Noah, sa vie de moldue.

Puis reprenant une posture qui ne ravit aucunement le professeur, Dive reprit, abordant ses motivations. Est-ce qu’Ethan comprenait ? Il avait retenu en tout cas qu’il était perçu comme un sorcier emprisonné dans son cachot. Était-ce la réalité ? Probablement. Après tout, il y passait beaucoup de temps. Ne serait-ce que pour y dispenser ses cours, faire l’inventaire des ingrédients se trouvant dans la pièce ; parfois même pour y faire quelques potions, comme par exemple la potion tue-loup qui servait à certains sorciers présents à Swelty. N’était-ce que ce qu’il donnait comme image à Dive ? Cette volonté de liberté, bien évidemment qu’il la comprenait. Même si lui c’était enfermé dans un domaine précis, cherchant l’élévation intellectuelle, il pouvait encore se souvenir parfaitement de ses tous premiers rêves de gosse, avant le drame familial. Et quand il regardait Noah grandir, quand il contemplait l’homme qu’il était à présent, celui-ci était probablement plus libre qu’il ne l’était lui-même. Sans doute l’avait-il également fuit, elle, cette liberté. Quant à cette vieillesse davantage pleine de maux que la jeunesse ; c’était peut-être vrai. Ethan gardait pourtant en tête que les sorciers plus âgés savaient prendre les difficultés avec plus de recule que les jeunes. Lui n’en était pas encore capable, du moins, pas consciemment, mais il espérait qu’un jour il y parviendrait sans avoir à se cacher derrière une masse de travail. C’était sa méthode depuis trop longtemps, et aujourd’hui, il en observait les conséquences néfastes. C’était, selon lui, une habitude chez les jeunes gens de vouloir se préserver de ce nouvel habit d’adulte. Ça impliquait également plus de responsabilités, une perte de cette insouciance, du droit même de se foutre des choses et de les rejeter d’un revers de main. Serait-il, lui, désolé de sa « pathétique existence » ? Foutus doutes. Il n’en savait rien. Déjà il regrettait bien des choses. Mais à quoi lui servirait-il de s’en plaindre ? Il préférait tenter de ne pas y penser, c’était mieux ainsi. Et puis, c’était de cette façon qu’il avait fait depuis déjà longtemps.

La question suivante, beaucoup plus personnelle, ne l’épargna pas. Aucun moyen cette fois-ci de cacher sa surprise, ou le choc qui se produisit en lui. Il eut un geste de recul, ses yeux grands ouverts. Il était à présent comme figé dans le temps, paralysé par cette révélation soudaine : il n’avait pas de rêve. Être bien pour la société, cela ne l’avait jamais vraiment intéressé. Mais ses rêves, où étaient-ils aujourd’hui ? Ils prenaient une multitude de formes, toutes appartenant à l’esprit aventureux et curieux d’un gamin. Ils n’avaient aucunement un aspect réfléchi. Ses rêves, ces efforts vains de s’imaginer d’une façon ou d’une autre, d’envisager son avenir tel qu’il ne le sera qu’avec beaucoup de chance et que trop rarement, étaient restés dans son enfance. A quoi avaient-il servi après tout ? A rien. Il les avait abandonnés parce que c’était bien moins lourd comme ça, libéré de ces illusions stupides. Les rêves, n’est-ce pas à cause d’eux que naissent les regrets ? Les « j’aurais bien aimé faire ça », « j’aurais dû lui dire telle chose », les « si seulement tout avait été autrement », n’était-ce pas ces réactions qui marquaient que l’on comparait la situation présente à ce qui avait été envisagé plus tôt ? C’était bien ça qui devenait compliqué aujourd’hui dans l’esprit du professeur ; il en avait des regrets, mais des regrets de quoi ? Il ne savait même pas ce qu’il aurait souhaité d’autre. C’était pour ça qu’il se refusait de trop y prendre garde ; des regrets, vouloir changer sa vie à la place d’un flou, d’un néant total. Là au moins, il avait quelque chose, il avait ses potions, pour le moment il avait Seth, et une petite poignée de personnes qu’il affectionnait davantage chaque jour. Probablement que tout s’évanouirait dans un futur plus ou moins proche ; les potions ne l’abandonneraient pourtant pas. Il y aurait toujours ça d’acquis, de possédé. Non, lui n’avait pas vraiment de rêve.
Tentant alors de reprendre un peu de contenance :

« Ne pensez-vous pas qu’en grandissant, vous goûterez à une toute autre forme de liberté ? Celle à laquelle vous aspirez ressemble à celle dont tous les jeunes adolescents rêvent. Et pourquoi la veulent-ils ? Parce qu’elle est plus simple, parce qu’ils peuvent s’y réfugier, parce qu’elle est loin de toutes ces contraintes que l’adulte a. Et pourtant, c’est en étant adulte que vous apprenez à relativiser, à ne plus baisser les bras, à savoir mesurer l’importance des choses. Mais oui, je suppose que ça implique d’abandonner cette naïveté qui nous permet des rêves parfois insensés. On comprend alors qu’il est… temps d’avoir les pieds sur terre. »

Il hésitait à poursuivre la conversation plus loin ; à quoi lui servirait-il de se mettre à nu de la sorte, et en même temps, Dive avait toujours été sincère, depuis le début. Prenant ses lunettes, il en frotta les verres avec sa robe de sorcier pour les nettoyer. Puis, les reposant sur son nez :

« Savez-vous vous-mêmes pour quoi vous vivez ? Cette liberté que vous cherchez, a-t-elle une forme précise, une finalité ? Est-ce juste être libre pour être libre ? »

Il prit une pause.

« Un jour, j’ai cessé de m’accrocher à des rêves puérils parce que ça ne me servait à rien. J’ai préféré donner plus d’importance à un but qui me tenait à cœur. Plus que ça, c’était comme un moyen de survie. C’est comme ça que je suis devenu maitre des potions. »

Il se mit alors en mouvement, avec une démarche un peu lente. Il continuait de parler, sans vraiment avoir à réfléchir aux mots qu’il employait. Ils sortaient, comme ça, et son esprit s’abandonner à une sorte d’oisiveté, comme une confession que l’on fait, allongé dans l’herbe, les yeux plongés dans un ciel bleu, bercé par le chant des oiseaux ou le souffle du vent dans les arbres. Il parlait, probablement comme il ne devrait pas, mais ça n’avait plus vraiment d’importance.

« Aujourd’hui, j’ai réussi, c’est vrai. Et quoi ? Je ne saurais pas même dire si ça m’a aidé. Est-ce que j’ai des regrets ? Je pense oui. Ils sont là, un peu plus présents ces derniers temps, pour je ne sais quelle raison. Les années passent et je me rends compte que je ne suis qu’à moitié là. Je ne sais pas pourquoi je vis, je le fais, c’est tout. Alors, si je dois avoir un rêve, peut-être que ce serait justement d’être là, pleinement. Toucher et ressentir les choses, les saisir, vraiment. Être présent et avoir un rêve, c’est sans doute ce à quoi j’aspire maintenant. Simplement me sentir, vivant, marcher dans la lumière et plus dans cette obscurité. »

Se rapprochant alors des tables derrières lesquelles étaient habituellement assis des élèves apeurés par l’impressionnante présence de leur professeur, il leur tourna le dos, s’assit sur l’une d’entre elle. Ses yeux se perdirent dans le vide, sans ne rien fixer. Il ne se faisait pas d’illusion ; les choses ne changeraient pas et sans ne plus vouloir s’en cacher, il commença à avoir peur.
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Lun 12 Sep - 8:36



Let me apologize to begin with
Let me apologize for what I'm about to say

But trying to be genuine was harder than it seemed
And somehow I got caught up in between
Une sorte d’impression de dégoût mêlée à de la colère. C’est ce qui osait se dessiner dans ses entrailles et les broyer dans cet échange trop sincère qui ne lui apportait pas la moindre réponse sur son existence. L’on apprend de nos erreurs, pas de celles des autres. On tente de le faire, sauf que ce n’est qu’un mensonge égocentrique. Un faux-intérêt. Comme un homme en critiquant un autre parce qu’il s’est endormi au volant et qu’il a tué toute sa famille alors qu’au fond de lui, il sait qu’il a déjà sentit ses paupières glisser sur ses yeux dans le même cas. La seule différence a été la chance. Et sur cela, l’on ose juger ceux qui nous entourent, les mettre à nus, les blesser. Mieux flageller le dos de l’autre pour ne pas voir les horreurs inscrit sur le nôtre. Tout cela le rendait furieux, lui donnait envie de hurler, encore et encore. Au lieu de cela, le plus jeune se contenta de serrer le poing de sa main blessée pour s’enfoncer ses ongles dans la chair et ainsi apaiser un instant le tourbillon de hurlements qui refusaient de quitter son esprit. Bien sûr, son comportement était imparfait. Bien sûr, il avait l’impression que l’adulte parlait parfois dans le vide parce que son taux d’attention n’était pas assez élevé pour qu’il écoute tout. Dieu que tout était abhorrable.

En tant qu’être humain. L’incompréhension fut visible sur ses traits. Chaque mensonge, chaque titre, c’est une partie de ce que nous sommes. Enfin, il n’aurait pas été en mesure de mettre des mots sur cela. Pas de façon assez claire en tout cas. Mais il y avait cette personne, celle qui mentait tout le temps et dont la vie avait été brisée devant ses yeux. Et ce qu’il avait fait ensuite, cette suite d’actions dénuées de sens qui lui avaient presque coûté sa santé mentale… C’était une partie de lui-même. Ce type, aux yeux du garçon, était sage. Pour comprendre la souffrance, même s’il tirait du plaisir à l’offrir aux autres. A les faire pleurer pour venger ses propres cris. Ayden était un connard. Pourtant, jamais Dive n’aurait osé dire qu’il n’était rien. Les mots ne vinrent pas. Aucune explication. Les pensées s’enchaînaient sans être véritablement liées et y rester aurait été une perte de temps. Peut-être plus tard, quand tout cela aurait avancé. Même s’il y avait des évidences. Comme le fait qu’Ethan n’était pas quelqu’un à qui il aurait eu envie de parler à la base. L’image qu’il renvoyait était insupportable pour l’énergumène. Soudainement, les morts vinrent. Non, plus tard, marmonna t-il dans sa tête. Ses lèvres s’écartèrent et se refermèrent tout aussi vite.

Les balles étaient plus intéressantes. Ca, c’était son domaine. Que quelqu’un ne sache pas ce qu’elles étaient le laissa silencieux un instant. Au final, ça ne le choqua pas tant que ça. Après tout, lui-même ignorait tout de la magie autrefois. Comment expliquer quelque chose d’aussi complexe. Surtout avec son vocabulaire limité. Ses dents mordirent sa langue, jusqu’à ce que le goût du liquide chaud dans sa bouche l’aide à se concentrer. Ce qu’il devait donner était presque un cours. Démontrer le danger de quelque chose de façon scientifique et avec des exemples. Sa baguette fut tirée de sa poche et il la mordilla, tout en cherchant ce qui aurait été en mesure de convenir. Bon sang, des sorts, il en avait parcouru du regard des dizaines sur papier. Le problème était juste de s’en souvenir, de les mettre en pratique. Est-ce qu’à force de se croire stupide on le devient ? Dive n’en savait rien. Cela le traversa comme un éclair, une évidence et, sans se lever, il récita une formule à voix-basse. Sans nul doute que c’était tricher, de se servir de la magie au lieu de se servir des mots, sauf que le garçon ne pensait pas pouvoir faire mieux. Cette formule permettait d’écrire et de dessiner dans les airs avec sa baguette. Quelque chose de plutôt pratique selon lui. Et, pour un premier essai, c’était assez réussi. Le schéma d’une balle se traça dans un joli violacé entre les deux hommes et le gamin ajouta des flèches pour expliquer plus ou moins chacun des composants. Puis un flingue suivit. De longues minutes furent nécessaires pour obtenir un résultat concret.

« On s’en sert pour buter les gens. Enfin, pour s’buter entre nous. Si un de ces trucs pénètre dans un organe vital, il fait bang ou bien il cesse de fonctionner, voir les deux. La tête et l’cœur, c’est les pires. Aussi efficace qu’un sort d’mort quoi. »


Le schéma s’effaça alors lentement tandis que la baguette était posée sur le bureau, aux côtés de Dive, ou plutôt balancée par ce dernier sans la moindre once de respect pour le morceau de bois. Son haut suivit et débardeur et chemise furent bientôt sur le sol, tandis que la main du gamin désigna son épaule droite, qui portait la cicatrice d’un tir qui n’avait jamais bien guéri, sans nul doute par manque de soin. Puis une autre, sur le flanc gauche. Son corps entier ressemblait à un patchwork désagréable de marques, bleus et cicatrices. Coups de couteau, de revolver, de barre de fer. Comme si chaque malheur avait été gravé pour l’éternité. Sans croiser le regard de son aîné, le cadet remit ses fringues, évitant d’ajouter le moindre mot. Ca ne lui faisait plus vraiment honte. Sauf que ça dégoûtait souvent les adultes. Les autres gosses, eux, aimaient voir ses marques et les comparer, comme des trophées. Ces petits cons.

Les regrets. A ce sujet, il en avait sans nul doute quelques-uns. Sauf que la peur de son propre corps lui paraissait trop loin, comme une légende très ancienne. A force, les traces barbares étaient devenues naturelles. Tout autant que de se faire mal pour se calmer. Comme pour écarter l’esprit d’une autre douleur, plus grande. Ainsi était sa normalité, son monde. Sa langue se tira, pour montrer sa gêne, tandis que le bandeau qui lui servait de bandage était réajusté autour de sa main blessée. Un ennui de plus. Rien d’important. Plus rien n’avait la moindre valeur, quand il songeait ainsi. Son corps ne valait rien, son esprit était terrible et les gens qui l’entouraient avaient tous trop de secrets ou de problèmes. Ou bien ils étaient morts. Ses doigts glissèrent dans sa chevelure sombre et il résista à l’envie de les arracher. Ce type de conversation le déstabilisait. Bien sûr, avoir l’occasion de converser de tels sujets était inespéré et il devait en profiter. Sauf que ça ne menait pas à grand-chose. Bien sûr, son esprit était plus riche, réalisait plus de vérités. Mais ça restait des vérités génériques imposées.

« Quand j’étais môme je pensais que les adultes m’aideraient. Qu’ils nous aideraient. Et ils n’ont jamais rien fait. C’est pas général. C’est tous ceux que j’ai fucking rencontré. Avoir les pieds sur terre, ça veut dire mourir. Ca veut dire que les rêves servent à rien et qu’au final, on a détruit tout ce qu’on voulait être ! Ca veut fucking dire qu’on est des sortes de ratés de nos nous enfants ! »

Son ton se fit colérique et simplement mauvais vers le milieu de son discours. Non, il ne pouvait pas admettre que ce que disait Ethan avec un soupçon de vérité. Tout comme le simple fait d’être considéré comme un gamin qui veut se croire plus malin que les adultes le révulsait. Son poing heurta le bureau avec une telle force qu’une fissure se dessina sur le bois. Le geste était incontrôlé, comme d’habitude. Il savait à ce moment précis que son aîné ne pouvait pas entrevoir ce qu’il désirait exprimer.

« Vous avez souffert. Vous vivez enfermé à passer la majorité de votre temps dans vos fucking bouqins d’potions. Vous allez sans doute crever seul aussi ! Et ça vous convient ?! »

Se lever lui sembla être une évidence et frapper l’autre également. Son poing s’arrêta cependant dans l’air et retomba tandis que le regard vert glissait vers le sol et qu’un ‘tch’ s’échappait de ses lèvres. Ses yeux étaient légèrement embrumés, sans qu’il ne pige pourquoi. Etait-ce du désespoir qui le traversait soudainement ? Par peur de devenir comme le fameux maître des potions de l’école ? Ou bien pour lui. Rah, il était un sale gamin, par un type compatissant. Ramenant sa baguette à lui, uniquement pour la ranger, le jeune homme hésita à tout simplement se barrer. Et vinrent les mots suivants, qui l’empêchèrent de faire le moindre mouvement. Tout cela lui paraissait si futile. Sa propre colère en majorité.

« J’veux l’même chose. Etre là. »

Les mots furent murmurés, sur un ton d’un calme étrange après une crise de rage si forte. Dive était ainsi, totalement déséquilibré dans ses sentiments et ses propos. S’approchant d’Ethan, son cadet hésita. La lueur visible dans le regard de l’autre n’était pas rassurante, c’était même l’inverse. Et, brusquement, une fois de plus sans le moindre avertissement, la main de l’adolescent, qui tremblait peut-être un peu, se retrouva sur sa baguette et il dessina un ‘don’t give up’ maladroit et avec quelques fautes devant les yeux de son aîné, ne se faisant pas confiance pour s’exprimer. Son corps se laissa tomber aux côtés de celui du professeur, tout en lui laissant un peu d’espace. De toute manière, trop de proximité l’aurait dégoûté. Et son regard dévia du bureau au reste de la pièce. Comment en quelques heures deux personnes pouvaient-elles se chambouler ainsi et s’affronter sur leurs principes ? Décidant que son esprit en avait assez affronté pour l’instant, le garçon balança sa baguette contre le mur pour ensuite s’allumer une clope et la glisser entre ses lèvres. La nicotine, ça vous sauvait un homme. Pour le tuer à petit feu, certes.

« J’suis pas flippé par l’futur parce que j’sais que j’vivrais pas longtemps. Donc, au lieu d’détruire tout c’qui m’entoure, j’veux j’r’construire des trucs que j’ai cassé. Vous, vous avez encore des années devant vous. Plus qu’moi sans doute. Vous pouvez encore changer tout c’qui vous entoure. Et puis, même si la liberté qu’j’cherche est floue et pas précise, au moins j’en ai une. »

Sans doute que Ethan possédait aussi des souvenirs brisés. Quand à les remettre en état et faire amende du passé, ce n’était pas forcément la bonne solution. Dive avait des actions qui le hantaient encore, sans parvenir à les regretter. Comme presque tuer certains de ses adversaires en combat. Et, si un jour, le mauvais endroit était touché et qu’un meurtre était réalisé, il fuirait cette responsabilité, c’était une évidence. Un soupir, assez doux lui échappa tandis qu’il tirait que sa clope. Mourir jeune, pour quelqu’un qui passe près de la mort presque chaque jour, ce n’est pas étrange.
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Ethan McLorgan
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MessageSujet: Re: Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan} Mer 2 Nov - 10:45

Il y avait dans la conversation qu’entretenaient les deux sorciers quelque chose d’inhabituel. En tout c’était le cas pour Ethan qui n’avait pas pris pour coutume de se confier ainsi et d’exposer ouvertement ses opinions à ses interlocuteurs. Ce soir-là, pourtant, il en était autrement. Il n’aurait pas su dire pourquoi ni comment il en était capable, ni même d’où lui venait cette soudaine volonté de donner à un inconnu l’accès à son esprit, pourtant les mots semblaient trouver d’eux-mêmes leur chemin jusqu’à l’extrémité de ses lèvres et prenaient leur envol. Qu’ils parviennent jusqu’aux oreilles du jeune Dive Storm Thacker ou qu’ils échouent et se perdent à travers l’air humide du cachot, ça n’avait pas vraiment d’importance. D’ailleurs, probablement au fond de lui Ethan aurait souhaité qu’il n’y ait personne pour l’écouter parler ainsi. Entre confiance ou naïveté, il montrait à nouveau à quel point il s’était déconnecté du système et avait perdu de ses capacités à se sociabiliser. Qu’il soit question de potions, le professeur ne manquait alors jamais de mots, ni d’idées, et pouvait tout-à-fait entretenir une conversation respectueuse et intéressante ; mais lorsqu’il s’agissait de parler de l’homme – et non plus du maître de potions – il débordait de maladresse et d’un handicap à s’exprimer. Ou bien était-ce simplement une forme de mutisme couronné d’un regard sombre et réprobateur invitant les autres et ne pas s’étendre sur le sujet.

Pour autant, aussi inattendue qu’elle pouvait être, cette conversation lui permettait également d’apprendre. Que ce fut à propos de lui-même ou bien d’un autre sorcier qu’il ne connaissait que depuis quelques heures, ou bien encore à propos d’un monde qu’il ne connaissait que trop peu, chaque idée qui en découlait avait quelque chose d’instructif. C’est ainsi qu’il fut étonné lorsque Dive commença à lui expliquer de manière simple et lucrative ce qu’était une balle. Même s’il s’en doutait, Ethan n’avait jamais réellement songé à la violence qui pouvait également exister chez les moldus. Il avait certes était au courant de certaines guerres qui éclatés chez eux, mais sans vraiment s’y attarder au point de se former une idée des stratégies ou armes employées. Tout comme une baguette magique pouvait lancer des sorts dévastateurs, un objet aussi petit que lui paraissait la balle violacée flottant dans les airs semblait au contraire inoffensif. Et pourtant, selon la description que le surveillant venait de lui en faire, la mort pouvait être très douloureuse voire tout aussi instantanée que le sortilège d’Avada Kedavra. L’esprit vif, cette nouvelle idée le heurta. Il était bien évidemment logique et compréhensible que même les moldus aient des moyens de se défendre, et pourtant cela lui laissa mesurer à quel point le monde tout entier, les deux communautés réunies, pouvait être dangereux. Le chemin de la violence n’était pas si étroit que ça, au contraire, les portes en étaient bien que trop grandes ouvertes. Était-ce aussi facile de se procurer ce genre d’arme chez un moldu qu’une baguette chez un sorcier ? Des questions se bousculaient dans son esprit, mais il les y confina soigneusement. Le regard intéressé qu’il avait eu lors de l’explication que Dive lui avait donné disparut pour laisser place à un visage figé tandis que le jeune garçon se dévêtait. Était-ce de dégoût, de la peine, ou une forme d’incompréhension, le professeur ne savait pas exactement ce qu’il ressentit ; de nombreuses blessures avaient marqué la peau du jeune surveillant. Il ne sut ni quoi dire, ni quoi faire et préféra écouter ce qu’il avait à dire et garda le silence. Il lui semblait comprendre un peu davantage les origines de la méfiance et de l’agressivité que Dive manifestait. Probablement avait-il de la peine pour lui et son histoire ; quant au dégoût, seule cette lamentable humanité défectueuse en portait le lourd manteau.

Tandis qu’il observait le garçon, son visage se faisait un peu plus triste, un peu plus sombre. Si cet enfant martyr avait encore des rêves malgré la noirceur du monde qu’il avait côtoyée, il devenait évident qu’il était bien plus brave, courageux et fort qu’il n’y laissait paraître. Bien plus en tout cas que ne l’était Ethan. Y avait-il réellement matière à comparaison entre leur vie respective, la manière avec laquelle ils avaient tous deux essayé de s’en sortir, et ces conclusions qu’ils en avaient tirés ? Il n’en savait rien, mais il était certain que Dive affichait une bien plus importante forme de grandeur que lui-même. Il était surprenant de constater à quel point leurs deux histoires, aussi différentes qu’elles pouvaient être, les avaient forcés à apprendre des leçons différentes. Ethan, qui n’a jamais vraiment rencontré d’adultes qu’il l’eut déçu, en ressortait avec un rejet total de la simple conception de rêve. Au contraire, Dive, qui avait tenté vainement à maintes reprises de s’accrocher à ses ainés, continuer de s’accrocher à cette conviction qu’il était utile de rêver.

Ses pensées furent dispersées lorsque le ton du garçon monta et que sa colère éclata. Un violent martellement de la table avec son poing, des propos crus et francs. S’il n’avait pas été aussi perdu dans ses réflexions, Ethan aurait probablement provoqué le garçon en duel de sorcier. Le laisser lui parler ainsi était avilissant, mais se rendre compte qu’il avait raison était davantage troublant. Oui, il crèverait seul, dans son maudit cachot ou dans un autre recoin sombre et moisi du monde ; seul, sans personne. Même son frère finirait par ne plus s’en soucier, il le toisait avec tellement de froideur que cela ne serait pas étonnant.

Et puis… le vide… Ce qu’il vient de révéler n’a pas d’importance. Peu importe qu’il soit mis dans la confidence, la vérité parvient toujours à s’extirper de l’ombre et à frapper avec force.
Le vide… ce regard perdu, faussement posé sur cette piteuse armoire de l’autre côté de la pièce, face à lui. Le vide et… rien d’autre. Ou peut-être cette peur naissante, celle qui vous accable et ne vous lâche plus, celle qui s’impose, menaçante, lorsque soudainement vous ouvrez les yeux et que vous comprenez. Qui a dit que l’épiphanie était bonne ? Celle-ci ne l’est pas en tout cas. Elle a le goût d’un poison avalé il y a longtemps déjà et qui commence à faire son effet.
La voix de Dive, calme, plus proche, perdue dans un coin du cachot, entre Ethan et le néant.
Tout change, se transforme en une sorte de prison. Le confinement, la sensation d’étouffer, de crever de l’intérieur, il ressent beaucoup trop de chose à présent. Ces émotions fortes, ces questions, ces réponses emplies de désespoir, assis sur une chaise, il a l’impression d’être tiré vers le fond. Il sent ses yeux chauffer, piquer, prêts à exploser. Un nœud dans la gorge, une légère douleur. Son cœur qui bat un peu… ou un peu moins, ça n’a pas d’importance.

Dive est à côté de lui, agite son bras. Des lettres se forment dans les airs, une phrase, des fautes d’orthographe. « Don’t give up ». Épiphanie. Pourquoi serait-ce automatiquement difficile ? Il avale sa salive, le nœud semble couler dans sa gorge non sans une petite gêne. Il ferme les yeux, son œil gauche capitule et libère une larme qui trace son chemin le long de son visage. Sa joue, sa mâchoire inférieure, elle descend jusqu’à la pointe de son menton. La chute. Un léger « plop ! » presque inaudible sur sa robe de sorcier. Dive à sa droite, affalé, fume. Il n’a probablement rien perçu de cette échappée lacrymale. D’un geste discret, Ethan fait semblant de replacer ses lunettes sur son nez. Il en profite pour passer délicatement sa main sur sa joue et se défaire de la moindre marque de tristesse. Face à lui, la consigne continue de flotter. D’apparence innocente, elle a pourtant bien plus de poids.

Ethan se mit à sourire, légèrement. Il se sentait un peu stupide de se laisser aller ainsi. Certes, les choses ne changeraient peut-être pas, ou demanderait alors un peu de temps, mais il se refusait d’en accabler le pauvre surveillant. Ce qu’il venait d’ajouter avait un goût tragique. Comment pouvait-il affirmer ainsi qu’il ne vivrait pas longtemps ? N’était-ce pas une façon d’abandonner ? Alors en quoi se permettait-il de conseiller la bataille ?
Son sourire s’effaça un peu, après tout, il n’y avait rien de réjouissant dans leur conversation. Son bras droit s’élança dans les airs, et agrippa la cigarette que Dive tenait entre ses lèvres. D’un geste sec, il la brisa entre son pouce et son index.

« On ne fume pas dans l’enceinte du château. Et certainement pas dans mon cachot ».

Il jeta le cadavre de nicotine sur le sol, et l’écrasa avec sa chaussure. Sa main se porta sur sa baguette qu’il dirigea vers la consigne oisive. D’un mouvement gracieux, il en corrigea les fautes et fit flotter le nouveau message en face de Dive.

« N’abandonnez pas non plus, Dive. »

Il y avait tant à dire sur ce qui se passait actuellement dans le cachot humide du professeur, et pourtant, Ethan ne savait pas ce qu’il convenait le mieux de faire ou de laisser entendre. Et pourtant, il était choqué d’entendre l’autre affirmer que sa vie n’aurait rien d’un long chemin mais plutôt tout d’une impasse.

« Et si pour moi les choses étaient toutes aussi brèves que pour vous ? Pourquoi vivrais-je plus longtemps ? »

Il prit une pause. Puis, regardant devant lui :

« Au point où nous en sommes, je ne vous cacherai pas que je trouve aberrant que vous prétendiez avoir une courte vie. N’est-ce pas une autre façon de refuser de vous battre ? Ou même de plier devant la fatalité ? »

Il passa sa main dans ses cheveux, comme pour aérer ses idées. C’était un mouvement stupide qu’il faisait souvent et qu’il ne contrôlait plus maintenant. Il ôta ses lunettes et soupira longuement :

« … je suis fatigué. »

Cela n’avait rien de physique, ou du moins ça l’était que très partiellement. Cette fatigue était plutôt d’ordre moral. Rarement il avait à se soucier de ce genre d’émotion ; et pourtant, depuis qu’il était à Swelty, il collectionnait les remises en questions, conversations dramatiques ou montagne russes sentimentales. Ses pensées divergèrent jusqu’à lui rappeler le visage de Seth. Seth… si seulement il était libre cette nuit, il serait probablement allé toquer à sa porte pour la passer à ses côtés, dans ses bras. Il était vrai que ces temps-ci, seul son amant avait le pouvoir de lui procurer cette paix intérieure et ce bien être qui semblaient lui manquer. Était-ce cela que d’être amoureux ? Et Dive, avait-il quelqu’un avec qui vivre ce genre d’expérience ? La question ne se posa pas, jugeant qu’elle pouvait être gênante. Au lieu de ça, Ethan se contenta de sourire bêtement en pensant à l’homme qu’il aimait. Son cœur bondit dans sa poitrine, en totale opposition avec la dévastation qui l’avait accablé plus tôt. Et ce sentant soudainement un peu plus heureux, gardant le secret de cet amour pour lui, ses joues se mirent à rougirent, à l’image d’un enfant dissimulant sa bêtise. Il baissa la tête, ses cheveux tombèrent devant ses yeux.
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Cette décadente jeunesse... {Dive & Ethan}

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